Les États-Unis sont loin d'être la seule nation où la cohabitation entre une majorité et des minorités ne va pas sans injustices.
Dans ce pays, la distribution des rôles entre communautés débouche sur un ordre social immuable : les Noirs occupent habituellement les emplois les moins qualifiés quand ils ne sont pas au chômage, peuplent majoritairement les prisons, et fournissent le plus gros contingent dans les couloirs de la mort.
Quand nos banlieues étaient encore des cités de transit vers des ascensions sociales, les Afro-Américains vivaient déjà dans des ghettos. Élire un président métis dans un tel pays n'est pas anodin.
Mais pour important qu'il soit, Barack Obama n'a pas fait de ce thème l'axe majeur de sa campagne. Il a banalisé sa « différence visible » en montrant aux électeurs qu'il était l'un des leurs, élevé dans les mêmes valeurs, bien que né d'un père africain et d'une mère américaine Il a préféré marteler le slogan du changement, considérant que ce qui doit le distinguer de John McCain, aux yeux des citoyens, n'est pas la différence de couleur de peau, mais celle de la filiation. À droite, un candidat républicain, successeur, qu'il le veuille ou non, d'un George Bush usé, déconsidéré. À gauche, un homme neuf, héritier du charisme de John Kennedy et dépositaire tempéré du message de Martin Luther King. Mais le changement n'est pas la rupture. Au pays de la liberté individuelle et de l'État minimum, on n'attend pas d'un candidat qu'il prône la révolution. Surtout quand il est à moitié noir. Le sang-mêlé Barack Obama doit se faire accepter. Et pour se faire accepter, jouer au centre. La présidence du candidat démocrate aurait sans doute de l'allure et du brio, parce que l'homme a du charme et que son identité est forte. Mais sa vision de l'Amérique n'est pas si éloignée de celle de McCain. Sa religiosité est plus forte, son adhésion au capitalisme sans réserves, son souhait d'une meilleure couverture sociale des Américains ne va pas jusqu'à souhaiter édifier une « Sécu » à la française, horrible référence socialiste aux yeux des Américains. Un Barack Obama à la tête du plus puissant État du monde « décoincerait » sans doute des hommes et des femmes issus des minorités, dans le monde entier. Cette accession ferait exploser le plafond de verre sur lequel viennent buter leurs ambitions. L'Amérique aura alors bougé un peu, mais sans renoncer à ce qu'elle est profondément. Elle aura simplement une fois de plus montré sa capacité d'assimilation. Celle d'une société encore sûre de son bon droit et d'un modèle auquel on doit se rallier sans mégoter, qu'on soit noir ou blanc, ou noir et blanc de peau.




