mardi 04.11.2008, 05:01 - La Voix du Nord
Cinq cents spectateurs sont venus écouter Hugues Aufray, dimanche, au centre culturel d'Haubourdin. Près de deux heures d'un bonheur subtil entre voyage, nostalgie et humour.
PAR GILLES CONTRAIRE
lambersart@lavoixdunord.fr L'Ouest américain acela de fascinant qu'il semble être un horizon sans fin. Le théâtre de rêves, de drames et de liberté. Une brume descendue des montagnes le soir venu que l'on respire à pleins poumons. Un feu improvisé, dansant sur les contours de visages amis. Et puis une guitare... Quatre plutôt.
Les frontières du Texas attendront... Bienvenue sur la scène du centre culturel Lequimme. Le Grand Ouest et ses singuliers instants d'intimité, c'est ici.
C'était dimanche.
Hugues Aufray entre en scène, entouré de ses trois musiciens. Première salve d'applaudissements. Les crépitements du feu et les grillons imaginaires scintillent dans les coeurs. Déjà, des visages s'illuminent. Ils sont venus nombreux. Très nombreux. Trop pour le centre haubourdinois qui n'a pu satisfaire toutes les demandes. Alors, ils savourent. Lui salue dans un tendre sourire, puis s'assoit. Éternelles santiags aux pieds, sa voix si familière monte une première fois. Il est question de frontières, d'amour, de vie. Le troubadour ferme les yeux. Un souffle plus tard, il s'amuse : « Vous êtes-vous endormis ? » Il s'excuse aussi, entre deux chansons, d'avoir décalé la date du concert (lire ci-dessus). « J'étais en train d'enregistrer un album à New-York. Faire l'aller-retour New-York - Haubourdin pour un concert, c'était un peu compliqué ». Sourires. Il évoque la musique et ces « vieux qui aiment les vieilles chansons », qu'il finit par offrir. Joue avec lui-même, de ces années qui s'égrènent et marquent les visages. « J'ai oublié les paroles », dit-il aux premières notes d'une ode nostalgique. Alors l'homme aux cheveux couleur argent sort un épais carnet de chant. « J'en ai sept comme ça », glisse-t-il, l'oeil malicieux, en saisissant ce grimoire d'un autre temps. Un souffle sur la couverture, un nuage de poussière s'élève. Effet garanti. Oui, nous avons vieilli, oui, nous savons encore en rire.
Voilà que Claude François et Johnny s'invitent autour du feu. « C'était difficile de rivaliser avec eux ». « Et puis j'ai chanté une petite mélodie ». Et quelques années plus tard ce fut la traduction des chansons de Dylan. Un nouveau contrat avec une maison de disques. « Ils m'ont invité au Fouquet's. J'étais bien habillé. Un jean, des santiags, un tee-shirt blanc. Bien, quoi. Et puis un monsieur est venu me dire qu'il ne pourrait pas me servir dans cette tenue. Il m'a proposé un costume. » Hugues Aufray sourit. « J'étais pas fâché mais on est parti. Les temps ont changé. Celui qui a vendu un million de disques aujourd'hui, il peut venir en string, on le servira. » Les temps ont changé, oui. Pas lui. Ni les premières notes de A bientôt nous deux. Des fredonnements montent dans la salle. Le feu continue d'onduler sur la scène. Le Texas attendra.
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