PAR M.-C. NICODÈME
lambersart@lavoixdunord.fr « Vivre sans se souvenir, c'est oublier ceux qui ont donné. » Jean-Pierre Verschooris a consacré quatre années de sa vie à écrire l'histoire de sa famille. À se rappeler chacun des moments importants. À restituer chaque épisode de vie. Parfois joyeux, parfois tragiques comme l'a été cette page de l'Histoire de la Première Guerre mondiale.
Son père Edmond, sa grand-mère Hélène et son grand-père Julien, tous ont subi, d'une manière différente, ce conflit.
Le 8 août 1914, Julien est réquisitionné pour cette « guerre qui ne durera pas longtemps ». Plongeant dans l'inquiétude, Edmond, 11 ans, et sa mère Hélène, qui guettent, jour après jour, l'arrivée du courrier.
Dans ses lettres, Julien leur confie l'évolution du conflit, « ces combats sanglants, effroyables et totalement inutiles ». Raconte « comment il devait frapper ses adversaires qui bondissent hors des tranchées inondées.
» Et comment il tente de retrouver l'usage de ses jambes, à l'hôpital, en février 1917, malgré ses pieds gelés.
Puis, la boîte aux lettres n'a plus apporté son lot d'espoir. Jusqu'à cette lettre de désespoir, annonçant officiellement que Julien Verschooris est porté disparu : « Après les attaques d'infanterie allemandes le 25 mai 1917, le recensement n'a pas permis d'identifier votre époux.
» Blessé à la main au Fort de la Pompelle, Julien est, en fait, envoyé dans un autre hôpital de campagne.
Pendant qu'il essaie, coûte que coûte, de rester en vie au milieu des tranchées, Edmond et sa maman affrontent, à Lille, la faim : « Au printemps 1915, Hélène fait griller de l'orge sur les plaques du fourneau pour remplacer le café. » En 1916, Edmond devient expert de l'arrachage des betteraves à sucre.
Ensemble, ils tentent d'oublier la présence des Allemands dans leur maison, réquisitionnée. De ne plus prêter attention « à ces pas qui résonnent dans l'escalier ». À ces images et affiches qui tapissent leurs murs.
À la fin de l'année 1917, cette maison est interdite aux hommes de la troupe allemande. Un soldat y a tenté d'embrasser Hélène mais la raison officielle est bien différente. Sur la façade de la demeure, on pouvait y lire que « des soldats ont été contaminés par le choléra.
» À l'approche de la fin de la guerre, Edmond, qui poursuivait sa scolarité, est, à son tour, mobilisé. Les larmes de sa mère coulent à nouveau jusqu'à ce qu'elle croise, peu de temps après, le regard de son fils, puis celui de son mari, seul rescapé de la fratrie.
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