Culture / Le Louvre bis
Edition du Mardi 30 Novembre 2004
La genèse Voilà des mois qu’on attendait la décision ! La très longue marche d’un audacieux projet
Parrains. – Quand Jean-Jacques Aillagon est à la tête du centre Georges-Pompidou, il rêve de décentralisation et songe à la ville de Lille, où l’on hésite et temporise. C’est Metz (où ce proche de Jacques Chirac avait sans doute des visées politiques) qui est choisi. À la direction du Louvre, l’excellent Henri Loyrette se lance dans le même processus et parle tout haut, en 2003, d’un « Louvre bis » dans le Pas-de-Calais. Appuyé par J.-J. Aillagon, devenu ministre, il est très vite relayé par Daniel Percheron. Mais quand le président du conseil régional – grandi à Lens – fait part de l’intérêt de la Région, les candidatures se bousculent. Aux villes les plus immédiatement en vue, Lens et Calais, se joignent bientôt Arras, Boulogne, Béthune et Valenciennes... Elles présentent officiellement leurs propositions en juin 2004.
Projet. – Avant la séance du conseil régional, J.-J. Aillagon a rappelé les grandes lignes du projet, qui sont inscrites noir sur blanc dans un document rédigé par le Louvre dès 2003. Aux expositions d’envergure, qui présentent cinq à six cents oeuvres pendant quelques années, s’ajoutent des présentations temporaires et des activités pédagogiques ou expérimentales. La réalisation d’un acte architectural fort sur 7 ha minimum, la durabilité du projet, le rayonnement régional et international sont des conditions décisives. Pour les spécialistes, il n’y a pas photo : les dossiers de Lens, Valenciennes et... Amiens se distinguent par leur portée symbolique ou leur qualité technique. Qui l’emportera ?
Temporisation. – Annoncée dans un premier temps pour le printemps 2004, repoussée à l’été par Renaud Donnedieu de Vabres, le nouveau ministre de la Culture, la décision est reportée à fin septembre avant d’être annoncée pour « avant la fin de l’année ». On peut attribuer ces retards aux concurrences politiques, mais aussi aux interférences institutionnelles (le conseil régional, les municipalités, le Louvre, le ministère de la Culture, Matignon...) et aux discussions budgétaires. Opposants et rivalités. – Pendant les longs mois de tractations, la situation se tend et s’embrouille. On organise des campagnes de pétitions (Boulogne), on affiche son indifférence (Calais), on baisse tristement pavillon (Béthune) ou l’on se lance dans des idées irréalistes (Arras) : pourquoi pas un Louvre bis... sur trois sites ? À cette agitation en tous sens il faut ajouter la méfiance, voire l’hostilité de certains conservateurs du Nord - Pas-de-Calais, qui ont déjà bien du mal à faire vivre tous leurs projets.
Les arguments lensois. – La portée symbolique du site lensois et le soutien du président du conseil régional ont pesé très fort dans la balance. Bien plus fort que les arguments déclinés dans le document officiel : géographique, démographique, foncier et architectural. Sur le plan patrimonial, technique ou international, les villes d’Amiens, de Valenciennes ou d’Arras étaient mieux armées.
Le défi. – « La perspective d’installer le Louvre à Lens mobilise toutes les énergies de notre territoire » : telle est la première phrase du dossier lensois. C’est en accord avec les spécialistes du Louvre et en lien avec l’ensemble des compétences régionales que le Louvre II trouvera son envergure au nord de Paris, d’ici à 2008 - 2009. Il n’atteindra cet objectif que s’il est conçu dans un esprit d’ouverture et de modernité. L’accouchement fut très laborieux, les premiers pas devront être suivis de très près.
Bruno VOUTERS
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