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Culture / Le Louvre bis

Edition du Mardi 30 Novembre 2004

La rencontre de la culture et du labeur


LENS, ses mines et ses mineurs. L’image éculée n’a pas rebuté le Premier ministre puisqu’il a annoncé hier que c’est sur un ancien carreau de fosse qu’une antenne du Louvre va s’installer. Cette image, Guy Delcourt, le maire, et toute son équipe l’avaient intégrée aussi au moment de préparer le dossier. Il leur fallait dépasser les clichés, qui ont trop longtemps poussé les élus de l’ex-bassin minier à vivre reclus, afin de faire de cette histoire un atout majeur. S’en servir sans la renier.
C’est donc sur un ancien carreau de fosse – situé entre Lens et Liévin, juste derrière le stade Bollaert – vaste de vingt hectares, où la nature a repris ses droits depuis plusieurs années, qu’un musée à l’architecture moderne va sortir de terre. De là, les visiteurs apercevront les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d’Europe. Et comme un symbole en cache toujours un autre, c’est là que Culture commune, scène nationale, a posé ses valises. C’est là aussi que la Chaîne des terrils, chargée de faire connaître le patrimoine minier, est installée. C’est là, enfin, qu’une pépinière d’éco-entreprises se développe. La reconquête ne date pas d’hier.
En revanche, la culture, c’est une nouvelle orientation. Longtemps absente du secteur, elle n’a jamais fait partie des priorités politiques. « Pour nous, la culture, c’était la ducasse annuelle», résume avec humour Guy Delcourt. Aujourd’hui, les élus locaux estiment qu’elle peut aider à la mutation du secteur. D’ailleurs, lors de la visite en juillet dernier de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture (à gauche sur notre photo), l’idée de l’accès de tous à la culture et aux beaux-arts avec l’engagement des acteurs de l’éducation a été largement développée. Les responsables d’établissements scolaires n’ont pas été les derniers à se mobiliser, d’ailleurs.
Mais pour Lens et son secteur, le Louvre, c’est aussi la perspective de création de 250 emplois directs. Et combien d’emplois induits? Dans l’euphorie de l’annonce, Guy Delcourt en évoquait, hier, «des milliers». Dans une période qui a vu Metaleurop fermer – aujour-d’hui encore l’usine lensoise Dumeste met la clé sous la porte, se séparant de quatre-vingt-six personnes –, l’arrivée d’hôtels et de restaurants, entre autres, est une bulle d’oxygène.
Enfin, Lens va pouvoir mettre en valeur sa position stratégique. À écouter les défenseurs du projet, le coeur de l’Europe est là. Accessible en voiture (autoroute à moins de deux kilomètres), en train (TGV direct en 2008) ou en avion, le site propose également des solutions de stationnement (le stade Bollaert est voisin) non négligeables. À deux pas du centre-ville (un peu plus d’un kilomètre par la route), le musée donnera aussi l’occasion aux élus de réfléchir à des transports en mode doux. Depuis la gare, par exemple, on pourra gagner le Louvre par les anciens cavaliers (voies ferrées des mines). Encore le symbole. Stratégique toujours, le bassin de population: 400000 habitants dans un rayon de 10km, 900000 habitants dans un rayon de 25 km... et 30millions d’habitants dans un rayon de 250km. On devrait pouvoir y puiser 500000 visiteurs par an. Certains font déjà le déplacement pour assister aux matchs du Racing.
Jean-Marc RIVIÈRE
Ph.archives Sami BELLOUMI



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