Culture / Le Louvre bis
Edition du Mardi 30 Novembre 2004
Éditorial par Jean-Michel BRETONNIER
LE choix de Lens pour accueillir le Louvre est un magnifique symbole de ce que la culture a sa place partout. Surtout là où les esprits conformes ne l’attendent pas.
La décision audacieuse de poser un Louvre si royal entre des corons si prolétaires, à quelques encablures d’un des stades les plus populaires de France, ignore les critères partisans puisque Lens est une ville de gauche quand ses principales concurrentes dans la compétition ne l’étaient pas (Arras, Valenciennes et Amiens). Elle est en revanche très politique.
Allez Lens!
Ce Louvre II s’installe d’abord et avant tout dans une région. Le pouvoir central s’étant enfin rendu compte qu’il lui consacrait, par habitant, bien moins qu’aux autres. Un retard que le conseil régional tente de combler en dépensant, pour la culture, plus que d’autres, alourdissant ainsi la note fiscale au risque d’affaiblir l’attractivité du territoire.
Cette annonce, qui s’est fait beaucoup attendre, arrive à point nommé pour parachever une année « Lille 2004, capitale européenne de la culture », qui a contribué à donner du Nord - Pas-de-Calais l’image d’une région ouverte, dynamique, créative, festive, loin des clichés.
Elle intervient aussi au lendemain de la prise de pouvoir de l’UMP par un Nicolas Sarkozy plus conquérant que jamais, amené à « droitiser » son discours pour mobiliser son parti, tandis que le président de la République « recentre » le sien pour mobiliser les Français. Lens est un lieu symbolique de la fracture sociale. La décision d’y décentraliser un des plus prestigieux et emblématiques fleurons de la culture et du patrimoine national n’a pu se prendre qu’au plus haut niveau.
Il s’agit maintenant d’être à la hauteur de l’enjeu. Il ne suffit pas d’avoir planté, au coeur de l’ex-bassin minier, un Louvre II pour en attendre des merveilles. Il faudra exploiter le filon comme on exploita les veines de son sous-sol pendant un siècle et demi. Il faudra– et c’est aussi de la politique– aménager la ville, et toute la région lensoise, renforcer encore les atouts du Nord - Pas-de-Calais pour attirer, retenir, intéresser et faire revenir quelques-uns des vingt-sept millions d’Européens qui vivent dans un rayon de deux cents kilomètres autour du site.
Parce qu’ils sont polis et bien élevés, les gens du Nord ont déjà dit merci. Mais ils doivent savoir que ce qu’ils obtiennent, ils l’ont mérité. Pas seulement au regard d’un passé industriel récent, sempiternellement associé à une image de souffrance et d’abnégation. Mais au regard d’un passé plus large, plus global, plus équilibré, plus culturel qu’on ne pense. Ce qu’il obtient, le Nord - Pas-de-Calais le doit à ce qu’il est aussi aujourd’hui: une région jeune, accueillante, ambitieuse et décomplexée. Une région où l’on est bien.
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