Culture / Le Louvre à Lens
Edition du Mardi 27 Septembre 2005
Analyse Daniel Percheron et Henri Loyrette se sont forgé une intime conviction… Un projet supporté par les deux présidents
DANS le match très tendu opposant trois architectes dans un mouchoir de poche, il a fallu trouver un arbitre. Et il semble bien qu’Henri Loyrette (notre photo), président directeur du Louvre, ait joué un rôle majeur en fin de partie.
Revenons en arrière. À l’issue de la réunion du jury le mardi 13septembre, les projets venus de Bandol, du Japon et de Londres se partagent les suffrages. Conformément aux nouvelles réglementations européennes, les 19 membres du jury ont voté à bulletins secrets en tenant compte des nouvelles normes européennes et de trois critères: conformité administrative, capacités techniques et financières, qualité des références… Comment se sont-ils décidés ? Les avis d’une commission technique, les maquettes, les divers documents et les montages en 3D les ont aidés à se forger une conviction. Mais ils n’ont pu entendre les différents architectes: impossible de les questionner sur des projets sensibles et complexes, ce qui est une aberration administrativo-technocratique.
Résultat mathématique: Rudy Ricciotti obtient 7715 points devant Kazuyo Sejima du cabinet Sanaa (7645) et Zaha Hadid (6890). A priori, un vainqueur potentiel se dégage.
Mais ce résultat sur le fil du rasoir recouvre des points de vue extrêmement contrastés. Et deux positions irrémédiablement tranchées:
– Des élus ne pouvant comprendre et admettre que le projet en partie souterrain de l’architecte marseillais puisse convenir à la population du bassin minier : «Le passé est dessous, mais l’avenir est au-dessus!»
– Des professionnels très inquiets quant au projet de Zaha Hadid, défendu par nombre d’élus: pour résumer, ils le jugent «brutal et inapproprié».
Sagesse
Les débats passionnés du mardi13 débouchent sur des déclarations, des fuites et des rumeurs en tout genre.
Quelle tension! On mesure mieux la grande difficulté de l’exercice. Non seulement les délais sont extrêmement courts (fonds européens obligent), mais les circonstances particulières du concours aboutissent à un blocage: quelques points d’écart, des clivages irrémédiables. Si bien que le président du conseil régional et le président directeur du Louvre se retrouvent dans une situation très délicate. Par bonheur, la conviction de l’un et la sagesse de l’autre ont permis de trouver un terrain d’entente. N’ont-ils pas porté le bébé ensemble?
Qualité de la lumière, importance des espaces de liaison, préservation de la nature, adaptabilité du projet: c’est à cela que l’équipe japonaise doit d’avoir été retenue. Mais on aurait tort d’y voir une solution «par défaut». C’est plutôt un projet très ambitieux dont il faudra suivre de près la faisabilité.
Lors de la session du jury, certains spécialistes ont mis en avant les difficultés techniques ou le coût induit. Par ailleurs, bien des sujets restent à étudier (accessibilité, parkings, captage de la lumière...).
Mais dans une région où certaines rénovations (à Lille, par exemple) ont crevé le plafond des prévisions budgétaires, on a appris à se montrer prudent. En se prononçant «en son âme et conscience» pour le projet venu du pays du Soleil levant, Daniel Percheron s’engage à regarder de très près la réalisation d’un musée qui devra faire rêver sans perdre le sens des réalités. À suivre!
Bruno VOUTERS
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