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Culture / Le Louvre à Lens

Edition du Mardi 27 Septembre 2005

Le vote du conseil régional Vingt-deux pour, vingt-deux contre… et la voix du président qui fait pencher la balance en faveur du projet Sanaa Le choix japonais de Daniel Percheron


VINGT-DEUX voix pour, vingt-deux voix contre: un score de match de rugby pour un projet du Louvre-Lens que l’on croyait au-dessus de la mêlée…Hier après-midi, les 44 membres de la commission permanente n’ont pu se départager quand il a fallu retenir un lauréat parmi les trois finalistes sélectionnés pour le futur musée.
Dans ce cas de figure rarissime, le règlement intérieur a tout prévu: la voix du président du conseil régional est prépondérante. Daniel Percheron a donc fait pencher la balance en faveur du projet venu du Japon et porté par le cabinet d’architectes Sanaa, représenté par Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa.
Depuis avril2004 et le refus du Parti communiste d’entrer dans l’exécutif régional aux côtés des socialistes et des écologistes, on savait que la Région ne disposait pas d’une majorité absolue. On en a eu une nouvelle illustration hier dans l’assemblée en modèle réduit que représente la commission permanente. Aux 22 voix de l’exécutif (PS et Verts) se sont opposés 22 suffrages des différentes oppositions (PC, UMP, UDF, FN).
Le vote a porté sur une délibération qui faisait de l’équipe japonaise le choix du conseil régional et lui attribuait le marché de maîtrise d’oeuvre du futur musée.

Querelle de méthode

En préambule, Daniel Percheron a rappelé les dernières étapes du dossier.
Le 13septembre, les 19 membres du jury de concours (élus, techniciens, architectes) ont retenu trois finalistes. À partir de cette sélection, les discussions, auditions, demandes d’explications se sont poursuivies entre Daniel Percheron entouré de ses conseillers (dont un avocat spécialisé) et les trois équipes. Au final, le choix du président de Région s’est porté sur le projet japonais alors que le jury avait, lui, placé en tête d’une courte tête l’option d’un Louvre, sinon enterré, au moins «encastré», porté par l’agence du Français Rudy Ricciotti, un parti pris d’une «descente au Louvre » difficile à admettre pour des élus miniers.
C’est sur la méthode retenue pour choisir que les critiques du PC se sont concentrées. Éric Renaud a épinglé les « fuites regrettables », et évoqué les risques de recours, le choix final n’étant pas celui du jury de concours.
Même réserve à l’UMP ou Dominique Riquet parle de l’introduction «d’une part de subjectivité extrême» et estime que les élus devraient «suivre strictement l’avis du jury». Insatisfaction également à l’UDF. Valérie Létard regrette de ne disposer ni des coûts des différents projets, ni du cahier des charges. Elle craint un recours, un décalage dans le temps et une perte des crédits européens.
« Vous opposez le choix du prince au choix du jury », tonne Carl Lang. Le porte-parole du FN ne fait pas mystère de sa préférence pour le projet français.
Jack Lang a vanté pour sa part les mérites «d’une équipe japonaise de tout premier plan» et d’un projet qui a séduit l’ancien ministre de la Culture par «son élégance, sa transparence, sa souplesse, le respect du site».
Visiblement déçu par les conditions du vote mais assumant son choix, Daniel Percheron s’est dit confiant sur la suite des événements, le rejet d’éventuels recours et le maintien de délais serrés. En ancien habitant de la cité 12 de Lens, il a ajouté: «Le pari d’enterrer le Louvre était un pari hors de la force de compréhension immédiate des habitants du bassin minier.» À l’évidence, le verre et l’acier poli, le parti pris de la lumière «made in Japan» l’ont convaincu.
Dominique SERRA



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