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La Voix du Nord - 17/10/2006


Le Louvre-Lens et le modèle de Bilbao

Les élus régionaux au Pays basque face au succès exemplaire du musée Guggenheim et à ses retombées économiques

 Une silhouette inoubliable et incomparable due à l’architecte américain Frank O. Gehry: le musée Guggenheim frappe les esprits et les regards des visiteurs comme des non-visiteurs.

Les premiers travaux de forage ont commencé sur le site du futur Louvre-Lens. Comment transformer un équipement culturel en outil de développement ? L’exemple vient du sud. À Bilbao, le musée Guggenheim sert de locomotive économique à la ville basque. Élus de la région et du CESR sont allés sur place observer le phénomène et pêcher des idées. Il reste trois ans pour les adapter au bassin minier.

PAR DOMINIQUE SERRA
region@lavoixdunord.fr
PHOTO PATRICK DELECROIX

Lens - Bilbao. Ce n’est pas l’affiche d’un match de foot. C’est le rapprochement qui s’impose sur d’autres terrains. Dans trois ans, les deux cités auront un autre point commun que leur amour du ballon rond : un musée haut de gamme. Au Pays basque il attire la foule depuis 1997. À Lens, on rêve d’un « effet Louvre » à partir de 2009 comme il existe un « effet Guggenheim ». Les deux villes ont été frappées par la crise industrielle des années soixante-dix. S’en sortiront-elles de la même manière ? À vrai dire, les raisons de comparer les deux cités ne manquent pas.

La taille d’abord : un million d’habitants dans la métropole basque, ce n’est pas très éloigné de ce que pèse le bassin minier.
Le budget ensuite : le gouvernement basque a financé intégralement la construction pour 154 millions d’euros. À Lens, l’investissement est prévu à hauteur de 117 millions d’apports dans un montage associant la Région (60 %, les fonds européens 20 %), le Département (10 %), la ville et l’agglo (10 %).

« Effet Guggenheim »
Mais si le Louvre-Lens reste, avant de sortir de terre, une maquette, un choix (celui de l’équipe japonaise de Kazuyo Sejima) et un pari, le Guggenheim de Bilbao fonctionne déjà comme un électrochoc.
Du titane, du calcaire et du verre, voilà pour les ingrédients de base. Une silhouette taillée au cutter qui a déjà fait le tour du monde. Des collines, des immeubles et une rivière qui se reflètent dans les parois. Un pont routier qui semble entrer tout droit dans le musée. Ce décor-là est inexportable. Comme les collections d’art contemporain de la fondation Guggenheim, certaines permanentes, d’autres temporaires, qui garnissent les vingt salles du bâtiment construit par l’Américain Frank Gehry.
Les volumes tordus se combinent. Les panneaux de titane font penser à des écailles de poissons qui jouent avec la lumière. Vient-on à Bibao pour voir le musée lui-même ou les oeuvres qu’il contient ? Qu’importe finalement… « Guggenheim a été le meilleur investissement industriel du Pays basque. Pourtant au début, très peu de personnes y croyaient mais les résultats sont là : en trois ans, les visiteurs ont dépensé dans la ville autant que le coût de la construction du musée », explique José Maria Munoa, porte-parole du président du gouvernement basque.
Là encore, les chiffres donnent le tournis. On tablait sur 400 000 visiteurs par an, la première année, ils étaient près d’un million et demi. Mais le soufflé de curiosité n’est pas retombé. Bon an, mal an, ils sont un million à ne pas seulement contempler la façade mais à pousser les portes vitrées du gentil monstre de titane (tous les jours sauf le lundi de 10 h à 20 h, tarif 10,5 E).

Deux fois plus d’hôtels en dix ans Le boom touristique sur la ville est considérable : 85 % des visiteurs arrivent à Bilbao pour le musée… mais ils ne font pas que cela. Les deux tiers viennent de l’étranger (16 % de Français). Ils mangent en ville, font des achats, dorment sur place. En dix ans, le nombre d’hôtels est passé de 29 à 57. On estime que le succès du musée a suscité la création de 4 800 emplois. La ville s’est dotée d’un métro, d’un palais des congrès, d’un nouvel aéroport, d’un tramway. Et clin d’oeil de l’histoire : le vieux musée voisin a été rénové. •



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