La Voix du Nord - Edition du dimanche 25 mai 2008


De bons et de mauvais enseignants ?

 On a affaire a de l’humain, alors oui il y a des différences entre les maîtres. Comment mieux les former et les motiver? PHOTO BRUNO FAVA

Il y aurait les bons et les mauvais enseignants comme il y a les bons et les mauvais médecins, les bons et les mauvais garagistes. Ce que, dans le hors-série de septembre 2006 de l’inspection académique du Nord, Philippe Claus, inspecteur général de l’Éducation nationale, appelle « l’effet maître ».
Ça existe ? « Oui, comme ailleurs », admet Francis Ribot, directeur et responsable départemental du SE-UNSA. «  On a affaire à de l’humain », justifie un autre syndicaliste. « Il y a les enseignants qui ont une autorité naturelle et ceux qui ne l’ont pas », affirme Marc Loison, historien de l’éducation. « Un poids mort dans une équipe, et ça fout tout en l’air  », renchérit de son côté Dominique Verrier, directrice de l’école Salengro à Lomme.

La même qui souligne : « Le soir, je peux vous dire qu’on est fatiguées. (…)   Ici, il n’y en a pas une qui rechigne à recevoir un parent, à amputer sa pause déjeuner ou à rester un peu plus tard le soir parce qu’on a quelque chose à régler, une consigne qui vient de tomber de l’inspection. » Avant d’ajouter : « Elles y croient encore. »


Au mérite ?

À l’école Victor-Hugo d’Escaudain, à la question : « Ça vous touche, le sort des enfants ? », on sourit : «  Nooooon. » C’est évidemment tout le contraire. Ces enseignantes savent que, volontairement ou pas, beaucoup de familles s’en remettent entièrement à l’école.
C’est lourd à porter. « On demande trop à l’école, jusqu’à lutter contre l’obésité ou l’insécurité routière », tempête Rudi Cardot, du SE-UNSA. Lourd aussi de voir débarquer la police dans une école primaire ou quand en cours d’année des enfants doivent être placés et changer d’école. Enseigner dans un secteur difficile, ça prend aux nerfs et aux tripes. « C’est dur, mais je ne vous raconte pas notre fierté quand un enfant arrive chez nous dyslexique et qu’il sait lire en arrivant en sixième », tempère Christophe Gillot, le directeur de l’école Beau-Marais, à Calais. Dans les établissements qui réussissent, combattent des enseignants motivés.
Mais pour qu’ils le soient tous, vraiment, ne faudrait-il pas les rémunérer au mérite, comme le proposait le candidat Sarkozy ?
« C’est non. On est là pour rendre un service public. Pas dans une entreprise privée, où l’objectif est de faire des bénéfices. Notre mission est Éthique, Morale et Philosophique, avec toutes les majuscules », s’emporte Francis Ribot, responsable syndical au SE-UNSA et directeur d’école à Raismes.
Mais les enseignants sont d’ores et déjà notés ? « Oui. Et ces inspections sont importantes pour les collègues. D’ailleurs, quand ça se passe mal, elles peuvent être traumatisantes. On devrait étudier la possibilité d’inspections collégiales. » « Elles devraient être davantage formatrices », reprend pour sa part Rudi Cardot. « D’ailleurs, nous demandons plus de crédits pour la formation.»

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