La Voix du Nord - Edition du dimanche 7 octobre 2007
Les Nordistes jugent leur environnement
SONDAGE Les habitants de notre région se disent plutôt prêts à agir contre la dégradation de leur cadre de vie à quelques jours du lancement du fameux Grenelle à Paris
Polluée ou pas ? Dégradée ou non ? Qu’en pensez-vous ? Beaucoup de choses contradictoires en réalité. L’enquête que nous publierons à dix jours du Grenelle parisien sera accablante pour cette région naturellement sinistrée. La mobilisation est-elle réellement générale pour un développement enfin soutenable de la petite planète nordiste ?
PAR YANNICK BOUCHER
region@lavoixdunord.fr
PHOTO MAX ROSEREAU
Les 15 000 morts de la canicule de l’été 2003, le film culte d’Al Gore sur la menace climatique, le pacte écologique de Nicolas Hulot et les changements de saison hors saison ont fait évoluer les moeurs des Français. Les mentalités ont ainsi beaucoup changé en cinq ans et il faudra bien la grand-messe d’un Grenelle de l’environnement pour en tenir compte fin octobre.
Plus d’une personne sur deux estime donc vivre dans une région peu touchée au plan environnemental… ce qui contredit la réalité puisque la région cumule les records de pollution des sols ou des canaux (sédiments toxiques), d’atteinte à la vie animale ou végétale, d’héritage de friches industrielles ou de dégradation de ses paysages naturels, avec les liens que l’on sait sur la santé des gens.
La situation est sensiblement critique du strict point de vue du cadre de vie mais les Nordistes se partagent presque quant à la qualité de l’environnement : 47 % de bonne opinion contre 53 % de mauvaise, alors que les avis négatifs devraient logiquement être beaucoup plus nombreux, comme on l’observe chez les plus jeunes, bien plus réceptifs aux thèmes environnementaux.
Nature et culture
Plusieurs raisons expliquent ce décalage entre la perception et la réalité scientifique et physique. Notamment cette impression quasi culturelle que l’environnement est un monde à part, séparé de la vie sociale. La nature qui disparaît ? Finalement, que le monde des guêpes, serpents et araignées finisse dans les limbes reste une idée plaisante pour le confort des hommes, notamment dans une région qui a épuisé trop longtemps ses ressources naturelles en faveur du développement économique. C’est dans le sondage, développer les espaces verts est la dernière solution imaginée pour soigner nos plaies environnementales (alors que c’est selon les spécialistes la priorité absolue dont dépend tout le reste). C’est encore dans le sondage, on est davantage sensibilisé aux nuisances (ça sent mauvais, c’est laid…) qu’aux risques (technologiques, naturels). Des chiffres : 98 % des Nordistes ont déjà ressenti au moins une fois des odeurs désagréables, 77 % des difficultés respiratoires, 89 % des problèmes anormaux de poussières. Paradoxe ? On se sent atteint dans sa vie personnelle sans toutefois considérer que l’environnement soit fortement dégradé près de chez soi.









