Version PDF

couverture du jour

Journal

couverture du jour couverture du jour

La Voix du Nord - Edition du dimanche 14 octobre 2007


L’EXPERT : Marie-Christine Blandin
« Nous subissons gravement la pollution d’héritage »

 Marie-Christine Blandin. PHOTO CHRISTOPHE LEFEBVREL’ancienne présidente Verte du conseil régional pose un regard éclairé sur une situation alarmante.
– Comment apprécier l’état de l’environnement dans notre région ?
« Il était catastrophique, il s’améliore à peine, même si des progrès sont réalisés, notamment par l’invention de politiques publiques tenant compte du développement durable – nous étions pionniers en France au début des années quatre-vingt-dix. Nous subissons encore gravement la pollution d’héritage.

L’enjeu à présent est de saisir cette pollution d’héritage comme une opportunité de développement pour produire plus proprement. Malheureusement, la classe politique, les urbanistes, industriels ou agriculteurs n’ont pas en général compris les leçons du passé. Quel gâchis ! »

– Quels sont les chantiers prioritaires ?
« Ils sont nombreux ! L’extension urbaine est un scandale parmi d’autres. Il faut protéger nos périphéries de villes. La métropole lilloise est par exemple sur les sols parmi les plus fertiles d’Europe. C’est du diamant ! Qu’en a-t-on fait ? La ville de New York a renoncé à une immense station d’épuration de son eau, préférant protéger une grande forêt qui fait le même travail grâce à des technologies douces. L’agriculture biologique encercle littéralement la ville de Fribourg, en Allemagne. Tout le monde y gagne.
Ici, nos agriculteurs sont endettés et dépendent de la chimie alors qu’ils sont de plus en plus nombreux à vouloir produire autrement. Je veux dire qu’il n’y a pas de protection des sols sans renoncement aux pesticides qui tuent nos écosystèmes et mettent en danger notre biodiversité. De ce point de vue, on a l’impression de ne pas avancer vraiment. »

– Nos espèces sont-elles réellement menacées ?
« Bien sûr. Le désastre de l’érosion de la biodiversité est annoncé mais les gens ne le voient pas venir, ils ne réalisent pas la gravité d’une situation qui, à l’inverse du désastre climatique également annoncé, n’est pas, elle, réversible. Une espèce disparue ne pourra pas revenir !
Que faire ?… L’idée expérimentée dans la région d’une trame verte est retenue dans le Grenelle pour permettre la circulation des espèces sur les territoires. Ira-t-on jusqu’au bout ? La fiscalité française favorise plus le sabotage de la biodiversité qu’elle ne le freine. À nous de proposer des taxes sur l’imperméabilisation ou de l’argent versé par les communes bétonneuses (les plus riches) à celles qui protègent leur biodiversité (les plus pauvres, voir notre littoral). Cette péréquation est une forme de solidarité en faveur de l’environnement.
L’État pourrait également augmenter sa dotation financière (DGF) aux communes exemplaires et sanctionner celles qui ne font pas d’efforts. Quelle révolution  !… »  •
 

Retour