La Voix du Nord - Edition du dimanche 14 octobre 2007
La région la plus polluée de France se bat !
MILIEUX NATURELS Le Nord - Pas-de-Calais cumule les records de handicaps environnementaux sans renoncer à son intelligence pour – souvent – résoudre l’impossible
Une grande région industrielle aura sacrifié son environnement naturel pour pouvoir se développer économiquement. Aujourd’hui on tente de réparer à défaut de pouvoir restaurer des milieux saccagés ou minéralisés.
PAR YANNICK BOUCHER
region@lavoixdunord.fr
PHOTO ARCHIVES PASCAL GÉRARD Les monstres ont disparu. Certaines rivières ne s’enflamment plus. La Deûle ne mousse plus et les jeunes étudiants japonais des années soixante-dix doivent savoir qu’elle n’est plus la rivière la plus polluée d’Europe. Il ne pleut plus du vinaigre dilué sur la tête des Lillois, pluies acides issues de la combustion du fuel lourd. Les rivières ont retrouvé de l’oxygène en Sambre ou en baie de Canche mais attention, la maison brûle toujours et on regarde encore trop souvent ailleurs.
Accrochez les ceintures pour les données les plus récentes que nous avons actualisées : un mammifère sur quatre est en danger, nous avons perdu 75 % de notre richesse animale en trois siècles, une espèce de plante disparaît tous les deux ans (record national hors Picardie). Le Pas-de-Calais a perdu 10 % de sa biodiversité en l’espace d’une seule génération. La quasi-totalité des eaux de surface et des nappes phréatiques sont contaminées aux pesticides alors que notre alimentation en eau potable dépend pour l’essentiel des eaux souterraines.
Tristes mines
Une friche industrielle française sur deux est recensée dans une région qui dispose des sites et sols pollués représentant un sixième de la superficie du total national. Chez nous le record absolu du déficit d’espaces naturels sauvages (12,3 %) avec des landes en grand danger et des zones humides réduites à leur plus simple expression (0,8 % du territoire) alors qu’une espèce faune-flore sur quatre dépend exclusivement d’elles. Chez nous le recul des deux tiers du trait de côte en bord de mer, l’érosion parfois catastrophique des sols pouvant perdre jusqu’à 100 tonnes de terre par an et par hectare (inondations, coulées de boue) et surtout, car tout vient bien de là, l’une des régions françaises parmi les plus artificialisées (15 % de son territoire), fragmentée en plus de 4 millions de morceaux d’écopaysages, dont 15 000 très isolés les uns des autres par les routes, le rail, les canaux, soit autant de freins à la circulation des espèces, autant d’atteintes à la biodiversité.
La région fut longtemps la plus industrielle. Autres stigmates du passé, autres records. « Nous polluons, pour de nombreux paramètres, deux à trois fois plus que la moyenne nationale », estime Florent Lamiot, expert environnemental au conseil régional.
Région polluée, région dangereuse. Le préfet de région craint toujours l’accident dans le détroit du Pas-de-Calais, autoroute de la mer parmi les plus encombrées du monde face au port de Dunkerque, l’un des quatre plus gros complexes industriels du pays avec treize sites Seveso (suscitant la plus grande vigilance des autorités publiques).
Sols appauvris, paysages balafrés, pollutions constantes, espèces en survie, nous verrons tout cela dans nos prochaines éditions. Mais des espèces reviennent, dont quelques mammifères. La moitié des 10 000 friches industrielles sont réhabilitées, les décrets tombent pour apprendre la vertu aux industriels et la pollution globale recule.
En références
Les réponses aux traumatismes sont courageuses au-delà des terrils reverdis. La région développe le réseau d’écoentreprises le plus dense du pays, sert de référence pour le traitement des déchets, ses trames verte et bleue, son savoir-faire dans le bâtiment écolo, dans la mise en place de plans climat par territoire ou la lutte contre la pollution par les plantes. Où mieux qu’ici sait-on utiliser les sédiments toxiques des canaux ou les résidus de carrières pour en faire des briques pour nos maisons ? « Nous sommes la région la plus polluée et la plus pauvre de France, explique Alain Villain, ancien directeur de l’environnement au conseil régional. Nous sommes obligés d’être la plus intelligente. »









