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La Voix du Nord - Edition du mercredi 17 octobre 2007


REPORTAGE
Les mouettes naines de Dunkerque ne connaissent pas le méthane

Environ 300 couples de sternes naines, ces charmantes petites mouettes contre au moins 750 ME d’investissement dans un grand terminal méthanier. On refait l’histoire du pot de fer et du pot de terre dans le port de Dunkerque. Avec des intérêts parfaitement légitimes dans chaque camp.

PAR YANNICK BOUCHER
region@lavoixdunord.fr

On attend encore deux réunions publiques, neuf ont déjà été menées, la dernière la semaine passée à Loon-Plage, ville a priori en premier rideau pour accueillir le projet d’implantation d’un terminal gazier sur la zone portuaire du Clipon. D’un côté, les représentants du port autonome de Dunkerque avec ceux d’EDF : le développement économique. De l’autre, les associations écologistes avec les Verts du littoral : la préservation de l’environnement. Deux mondes à part qui essaient de se parler.

Risques et périls
« C’est un enjeu majeur pour le développement du port de Dunkerque », assure Jean-Claude Terrier, son directeur. Ce port de grand vrac travaille pour Arcelor, Total ou Aluminium Dunkerque, géants de la pétrochimie ou de la sidérurgie à un vol de mouette de la centrale nucléaire de Gravelines, la plus puissante d’Europe. Au compteur du littoral dunkerquois, 13 sites Seveso dans un mouchoir face à l’une des autoroutes de la mer parmi les plus fréquentées du monde. Forcément, on pense aux risques naturels et technologiques. Forcément on s’inquiète. Le port autonome, c’est 7 000 hectares dont 4 000 occupés et 3 000 encore libres. « C’est bien là l’un de nos principaux avantages concurrentiels  », ajuste Jean-Claude Terrier. Les méthaniers achemineraient sur la plage du Clipon un gaz naturel liquéfié à – 163 °C. Il faudrait le chauffer pour le gazéifier et l’injecter dans de gros tuyaux pour toute l’Europe. Coût du projet : 700 ME pour EDF et entre 50 et 70 ME pour le port. Premier bateau attendu en 2012, vocation énergétique confortée, voilà un magnifique dossier économique.
Mais les petites mouettes ? Plus de 300 couples migrateurs nichent au Clipon, une zone tranquille, bien à l’abri des turbulences industrielles voisines. L’endroit est officiellement interdit au public mais il est fréquenté. Pêcheurs, chasseurs, promeneurs ou kite-surfeurs. La zone est d’intérêt floristique et faunistique, on dit une zone « ZNIEFF » mais les ZNIEFF ne sont pas opposables en droit. Elles n’interdisent rien, elles ne font que recenser. Le projet de terminal devrait mordre sur 40 hectares de cette ZNIEFF qui en recense 700 au total, allant vers l’intérieur des terres. Les mouettes  ? Les responsables du projet garantissent des mesures compensatoires mais les opposants posent des questions pour mesurer les polluants dans l’air et l’eau, créer un nouveau site d’accueil pour les oiseaux, aménager des prairies herbeuses rases dans la zone neutralisée, créer un corridor écologique pour assurer la circulation des espèces.

Effet domino
« Nous n’avons aucune réponse précise à ces questions, affirme Louardi Boughedada pour les Verts à Dunkerque.
Le Clipon est un vrai couloir migrateur où les oiseaux viennent se nourrir pour reprendre des forces. » Les écologistes dont l’ADELFA craignent surtout un effet domino sur la multiplication des sites dangereux. « Pas pour la santé, le méthane n’est pas un risque », rétorque Jean-Claude Terrier dans ce dossier exemplaire d’une conciliation difficile entre économie et nature, sur une zone qui reste naturelle, pour une activité non polluante. Choisir, c’est forcément renoncer. Dernier débat public le 6 décembre. •
 

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