La Voix du Nord - Edition du jeudi 18 octobre 2007
L’environnement en fait une maladie
Cancers, légionellose, amiante, saturnisme… Notre région subit de plein fouet les conséquences sanitaires de ses émissions polluantes et de la dégradation de son cadre de vie
Le CNRS a trouvé dans l’estuaire de la Canche jusqu’à 400 kg de plomb de chasse par hectare…
PAR YANNICK BOUCHER
region@lavoixdunord.fr
Ce plomb de chasse représente en France entre 500 et 700 fois la pollution de Metaleurop lorsque le leader européen du plomb carburait à plein régime à Noyelles-Godault. Poids de l’industrie lourde, densité urbaine, trafic automobile, agriculture intensive, pollution historique des sols, records de pollution par sédiments toxiques dans les canaux…
Sang de plomb
En prenant une base 100 pour la mortalité par cancers, la région Midi-Pyrénées est à 80 quand le Nord - Pas-de-Calais affiche 130.
Sacré différence alors que les indicateurs sont quasi identiques sur le tabac et l’alcool. Une étude rendra vite son verdict autour d’Halluin sur la présence de dioxines dans le sang. En 1996, l’Académie des sciences n’en démordait pas, l’amiante n’était toujours pas un produit dangereux (on le sait depuis 1966). Une étude menée sur Metaleurop a montré que la présence de 100 microgrammes (µg) de plomb par litre de sang faisait perdre 5 points de quotient intellectuel aux enfants. Une autre étude a mesuré le taux de plomb dans le cordon ombilical des mamans du secteur : 14 % de cas au-dessus du seuil d’intervention d’urgence médicale. « On pourrait penser que nous vivons dans la région du malheur, estime Christophe Declercq à l’observatoire régional de la santé. Mais il n’y a pas de fatalité, on pourrait travailler contre les rejets industriels ou agricoles ou sur l’impact sanitaire du trafic automobile : à Lille comme à Londres ou à Berlin, une augmentation de 10 µg de particules en suspension occasionne entre 0,5 et un décès supplémentaire le lendemain. » Résumons-nous. Les cancers ont une cause génétique dans 20 % des cas d’après les experts du CHU de Lille. Ils ont également des causes comportementales, une femme qui ne pratique pas d’activité physique s’avérant ainsi plus exposée au cancer du sein. Mais on commence seulement à tenter de chiffrer les causes environnementales. Le professeur dunkerquois Bellepomme a montré les liens entre la perte de la biodiversité et les maladies dites de civilisation (obésité, cardiovasculaires, diabète, etc.). Pour lui, entre 50 et 80 % des cancers sont liés à une dégradation du cadre de vie. Lundi eut lieu à Arras le Grenelle de l’environnement avec un atelier santé-environnement particulièrement animé autour de Jean-Marie Haguenoer, toxicologue à la faculté de pharmacie de Lille. La vérité doit se situer à ses yeux entre l’estimation de son confrère Bellepomme et celle du rapport publié le mois dernier par l’Académie de médecine, entre 0,5 et 0,85 % de causes environnementales, mais en ne se basant que sur les données officiellement validées. Hors pesticides donc (cancers du système nerveux central), hors certains rejets industriels, etc. En clair, les experts régionaux avancent une fourchette de causes environnementales des cancers comprise « entre 10 et 20 % de manière certaine ».
Et après ? Comment améliorer la situation ? Des pistes sont proposées, elles alimentent un débat passionnant. Notre région ne dispose d’aucun registre des cancers et on crie au scandale. Une expérience est menée en métropole lilloise mais « 95 % du travail reste à accomplir », d’après Jean-Claude Westermann, directeur régional des affaires sanitaires et sociales. « Il est impératif, dit-il, d’identifier les endroits où les gens ont travaillé ou vécu pour mieux identifier les causes des maladies. » On peut aussi interdire des matériaux fort suspects. « Sait-on que la fibre de laine de verre ou de roche que tout le monde utilise pour isoler sa maison est proche de celle de l’amiante, comme les fibres des céramiques réfractaires cancérigènes ? », questionne Daniel Furon, avec l’association pour la protection de l’air (APPA). On pourrait encore limiter les pesticides dans les jardins (surdosages), agir sur le comportement des agriculteurs, traiter les tours aéroréfrigérantes pour prévenir les cas de légionellose. C’est du travail pour la santé.
LE CHIFFRE 50 |









