La Voix du Nord - Edition du jeudi 18 octobre 2007
L’EXPERT
Michel Autès : « Et les soudures au plomb de la friteuse… »
Michel Autès pointe sans concession les limites actuelles de la recherche des causes environnementales de certaines maladies graves.
– Pourquoi dites-vous qu’il y a des choses qu’on ne saura jamais ?
« Si le lien est évident entre la santé et l’environnement, on ne pourra jamais dire que tel cancer est dû à telle cause précise, sauf dans le cas de l’amiante. Il faut tout voir, les expositions professionnelles aux risques, les comportements (tabac, alimentation, alcool, sédentarité), les coexpositions (la limaille de fer n’est pas cancérigène mais elle le devient quand on l’associe à des particules fines de diesel). Aujourd’hui, on ne travaille que sur les milieux, les habitats, etc. ; on manque en fait de biomarqueurs, ces molécules présentes dans le sang et l’urine capables d’identifier les causes de maladies. »
– Par exemple ?
« J’ai suivi de près les études sur la centrale d’Hornaing, dans le Denaisis. Elle brûle les bitumes des terrils et les gens se sont affolés quand on a parlé des farines animales au moment de la vache folle. Des médecins ont fondé une association, fait des études sur des enfants pour des saturnismes et sur des adultes pour des cancers. Le préfet intervient et on réduit très fortement les rejets. Mais les cas de saturnisme sont toujours dix fois supérieurs à la normale et il n’y avait pas de plomb dans le sol ! D’où venait le plomb dans le sang des enfants ? On a cherché partout, dans les maisons, vu les peintures et les soudures de la friteuse. On a juste repéré un tajine douteux… Sans rien trouver de plus. Mais la suspicion est restée, générale. »
– Pourquoi est-il si difficile de travailler sur les causes environnementales des maladies ?
« L’absence d’outils d’investigation est flagrante. Nous sommes pauvres sur la veille et la surveillance, nous n’avons pas de registre des cancers, manquons d’épidémiologistes, la médecine du travail n’a pas les moyens et on lui demande d’évaluer des risques dans les entreprises, elle n’est pas faite pour cette mission. Où sont les toxicologues en France et a fortiori dans le Nord - Pas-de-Calais, qui manque de chercheurs par rapport aux autres régions ? »
REPÈRESMichel Autès est l’une des deux personnalités nordistes à siéger au Grenelle national, en l’occurrence dans le groupe de la santé et de l’environnement. Vice-président Vert du conseil régional sur ces questions, chercheur CNRS à l’IFRESI (recherches sur les économies et les sociétés industrielles) de Lille, responsable santé-environnement pour l’association des régions de France, cet Armentièrois d’origine nous offre un regard éclairé entre le monde médical et les usagers de la médecine. |









