La Voix du Nord - Edition du vendredi 19 octobre 2007
REPORTAGE
Parce que les combats de Janine ne doivent plus tomber à l’eau
Elle est au combat, elle serre des poings de militante essoufflée pour garder la mémoire de trente-cinq années de pollutions dans le Valenciennois. À travers elle, c’est toute l’eau de la militance qui coule sous les ponts de son environnement. Une croix. Sa bannière.
PAR YANNICK BOUCHER
region@lavoixdunord.fr
PHOTO BRUNO FAVA
On peut la prendre pour une folle, elle continuera. Ne jamais lâcher, tout voir, entendre les ouvriers malades de leurs manipulations industrielles passées, tomber le masque des chefs d’entreprise pollueurs soutenus par certains maires peu regardants ou imprévoyants lorsqu’il s’agit d’assécher une zone humide pour un lotissement sans imaginer ce qui pourrait bien se produire en cas d’inondation.
L’enfantement Janine est ainsi faite. Entière, excessive, révoltée. La famille Petit est enseignante, leur petite fixe ses rêves dans le seul univers de son petit jardin. Les sciences naturelles s’imposent « pour aller aux sources à chaque question posée » et sans formation scientifique, la voilà qui bosse les dossiers techniques et se frotte aux experts.
Janine, on la connaît bien dans le Valenciennois. Surtout les inspecteurs de la DRIRE, les administrations vouées à l’équipement ou à l’environnement. Elle habite Escaupont et nous emmène sur la zone des Bruilles où une entreprise valorise des boues, il faut bien travailler. Elle s’est battue avec d’autres pour exiger des carottages en terre, savoir ce qu’il y avait là-dessous, faire le lien avec le « jus bleu » qui se déversait dans la rivière voisine. Non accordé. Ailleurs, elle est la seule à voir un petit bout de bras mort de l’Escaut à l’entrée de la ville. Nous dit le bois oranger des aulnes imputrescibles des zones humides. Plonge sur un houblon sauvage et nous le fait sentir.
L’enchantement
« Ce bout d’eau-là, il faut absolument le sauver ! ». Est-il en danger ? « C’est ça, être écolo. On voit des dangers partout. Vous pouvez me croire, c’est vraiment emmerdant… ». C’est en défendant l’Écaillon, un affluent de l’Escaut ayant provoqué une inondation après un curage violent, que sont nés les contrats de rivière. Janine Petit adhère à Nord-Nature, anime Escaut-Vivant, veut préserver la ressource en eau. « Une rivière n’est pas une gouttière mais un être vivant extraordinaire… ».
À Estreux cet été, des coulées de boues ont amené les autorités à fermer l’A2. Une cavée bouchée avait inondé à l’Est de Valenciennes. On se souvient des photos chocs dans les maisons embourbées. Pour Janine, une catastrophe prévisible, des lois naturelles ignorées. Un gros orage sur une terre remembrée. Un bassin de rétention débordé. « Je vois ça tous les jours », souffle-t-elle.
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