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La Voix du Nord - Edition du dimanche 21 octobre 2007


« Votre région a besoin d’un traitement particulier »

Notre enquête exclusive s’achève avec Nicolas Hulot, à l’origine du Grenelle qui  prend fin les 24 et 25 octobre. Le Nord - Pas-de-Calais attend des retombées de ce grand rendez-vous.

 «La France présidera l’Europe l’an prochain. Sera-t-elle exemplaire sur la crise écologique?…» . PHOTO ARCHIVES ALEXIS CHRISTIAEN

Le globe-trotteur écolo favori des Français fut le seul non-candidat officiel à la dernière élection présidentielle. L’animateur du Pacte écologique a voulu quitter la mêlée politicienne partisane pour mieux transformer l’essai de son impact sur le Grenelle de l’environnement qui s’achèvera à Paris ces mercredi 24 et jeudi 25 octobre. Que faut-il vraiment attendre des négociations parisiennes ? Pour lui, les enjeux nordistes suffisent à eux seuls à promouvoir d’urgence un autre regard sur le développement de la société tout entière. Le débat doit se poursuivre.

PROPOS RECUEILLIS PAR YANNICK BOUCHER
economie@lavoixdunord.fr
PHOTO ARCHIVES ALEXIS CHRISTIAEN

– Notre région cumule les handicaps environnementaux. Quelle est votre première réaction ?
« Je pense surtout que les problèmes d’environnement ne sont pas toujours exotiques et qu’ils sont le plus souvent locaux, près de chez soi. Il serait temps de ne plus s’exonérer des réalités locales qui concernent l’essentiel de la biodiversité courante. Pourquoi ne se mobilise-t-on pas davantage pour les insectes, l’équilibre des parasites, les organismes microbiens dans les sols ?
La nature semble être devenue aujourd’hui une abstraction. Les sols ne sont plus, notamment dans votre région, qu’un substrat vidé de toute substance dans lequel il faut réinjecter ce que la nature offrait gratuitement. C’est navrant mais il n’y a pas de fatalité. »

– Vous semble-t-il possible de revenir à des modes de production réellement respectueux de l’environnement ?
« Oui. C’est juste un problème de volonté commune même si la perte d’espèces, le dérèglement climatique ou souvent des cas de pollutions lourdes interdisent des retours en arrière, les cas flagrants étant nombreux dans votre région. On a souvent ignoré que la nature ne pouvait plus faire son travail, qu’elle a finalement des capacités limitées de restauration ou d’épuration.
On doit aujourd’hui aller dans du lourd puisque nous sommes dans une impasse. Toute notre économie doit être orientée dans cette voie nouvelle impulsée par le Grenelle. Il faut être exemplaire partout et remettre en cause le modèle dominant de notre développement actuel. »

– Notre région souffre plus sensiblement que les autres de la dégradation de son cadre de vie. Doit-elle bénéficier d’un traitement particulier ?
« Il faudrait pouvoir pratiquer une forme de discrimination positive en faveur du Nord - Pas-de-Calais car votre région a visiblement besoin d’un traitement particulier en France. J’ose espérer que le pire est derrière nous, est derrière vous et que les tendances vont se stabiliser. Les bons sentiments ne suffisent plus, c’est désolant, mais nous devrons aller vers le coercitif car c’est important pour notre démocratie.
Vous savez, la modération est souvent acceptée mais la privation est toujours intolérable dans une démocratie. Je pense que la puissance incroyable des lobbies – on le voit pour le Grenelle – ne doit plus préempter les politiques pour orienter les pratiques et les réglementations. Je vois bien la puissance publicitaire de ces gens-là et leur influence sur la classe politique. La démocratie ne peut pas se faire dans les coulisses. »

– Le débat autour de votre Pacte écologique est à l’origine du Grenelle de l’environnement. Pourquoi avez-vous été en retrait pendant la phase de préparation du Grenelle ?
« J’agis de manière très intuitive et je voulais prendre un peu de distance pour me sentir plus libre sur la parole. Et mieux pouvoir interpeller par la suite. On peut à la fois dialoguer courtoisement dans les cénacles parisiens et monter au créneau de manière plus frontale quand cela est nécessaire, c’est ce que je fais à présent dans la phase finale du Grenelle. Je dis aux maires, aux parlementaires et aux ministres : “L’histoire est en train de s’écrire et vous êtes les acteurs qui auront été déterminants ou pas pour orienter les choses de la manière la plus décisive.
” J’interpelle les députés régulièrement et j’agirai de la même manière avec les maires pour les élections municipales. Il n’est pas normal, par exemple, on le voit très bien dans le Nord - Pas-de-Calais, que les pollueurs laissent des friches industrielles dangereuses sans avoir le moindre compte à rendre.
Les choses bougent, je le pense très sincèrement. Aurait-on imaginé il y a dix-huit mois qu’un gouvernement de droite aurait pu réunir ce Grenelle ?
C’était impensable. Les énergies vont se libérer, des résistances institutionnelles vont tomber, j’en suis convaincu mais cela va être très compliqué. Une étape culturelle est passée avec des prises de conscience et on a vraiment gagné des années. Maintenant il faut bosser en ayant tous la même feuille de route, sans se poser la question de la gauche et de la droite. 

» – Quelle est l’urgence aujourd’hui, la première mesure à prendre ?
« Tout est urgent, il faudrait plusieurs plans Marshall pour gérer la crise et décréter que l’impératif écologique est le déterminant majeur de toute action politique. Si on investit 1 aujourd’hui, on s’épargne 10 demain. Le coût d’anticipation est beaucoup moins important que celui de la réparation.
Les gens assommés par des préoccupations sociales, des soucis de travail et d’argent mettent souvent l’environnement au second plan de leurs priorités et c’est fort compréhensible. Mais quelles conséquences sanitaires, économiques et sociales, pour eux d’abord, si rien ne bouge ? Il faut faire les choses intelligemment pour ne pas les pénaliser et leur donner du choix pour l’habitat, les transports ou la fiscalité. N’oublions pas que nous scellons notre culpabilité car à présent, on sait ce qui se passe et surtout ce qui risque de se passer si rien ne bouge vraiment. » •


REPÈRES

30 avril 1955. – Naissance de Nicolas Hulot à La Madeleine, près de Lille. Sa mère, née Moulin, est visiteuse médicale. Son père, aventurier et chercheur d’or au Venezuela, est embauché par un Tiberghien dans la confiserie roubaisienne des bonbons Saint-Jacques. Son grand-père architecte vivait dans l’immeuble de Jacques Tati à qui il inspira le fameux Monsieur Hulot.
1987. – Après avoir été plagiste, serveur, moniteur de voile et photoreporter, Nicolas Hulot devient animateur de télévision avec Ushuaïa Nature sur TF1.
1990. – Fondation Ushuaïa Nature, devenue fondation Nicolas Hulot en 1995.
7 novembre 2006. – Il lance le Pacte écologique pour imposer la défense de l’environnement dans la campagne présidentielle dont il se retire le 22 janvier 2007.
À ce jour, 743 598 personnes ont signé le Pacte.


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