La Voix du Nord - Edition du mardi 16 octobre 2007
Dix questions sur l'environnement
1. Économie,écologie... Est-ce que ça rime ?
Le développement durable est-il compatible avec le développement économique ? Autrement dit, le capital naturel de la planète s’accomode- t-il du grand capital ? Cette question est sans doute la plus cruciale qui soit. On s’aperçoit aujourd’hui que le développement économique de nombreux pays se fait clairement au détriment de l’environnement. Ce sont les forêts d’Amazonie ou d’Indonésie que l’on ampute chaque année d’une surface équivalente à la Belgique. Ce sont les flottes de pêches de nos pays industrialisés qui rejettent d’énormes quantités d’espèces de poissons non ciblées, grevant ainsi les ressources futures. Ce sont les gisements miniers ou d’hydrocarbures, ressources finies, que l’on finira par épuiser. Ce sont enfin les nappes et cours d’eau où l’on puise sans mesure pour les besoins de l’agriculture ou de l’industrie. Cette vision « utilitariste » de la nature est en conflit avec le développement durable. Et nos économies libérales ont tendance à toujours tenter le grand écart entre réalisme écologique et réalisme économique. Un grand écart qui ne tiendra pas sur la durée.
2. Utiles, les gestes au quotidien ?
Faut-il vraiment éteindre sa télé, laver son linge à l’eau froide, couper l’eau quand on se savonne sous la douche, faire le tri sélectif… À considérer que la Chine, premier pollueur de la planète, est une locomotive qui tire à 70 % son énergie du charbon, on serait tenté de répondre non. Que c’est une goutte d’eau dans la mare polluée. Mais ce serait oublier qu’en France, 30 % des émissions de gaz à effet de serre sont dues à l’habitat et à la mobilité des personnes. Le logement représente 13 % des émissions nationales avec, en tête, le chauffage (74 %), loin devant la production d’eau chaude et la cuisson. Des progrès ont été réalisés puisqu’un mètre carré neuf est en moyenne neuf fois moins énergivore qu’un mètre carré ancien. Résultat : les habitations construites avant 1975 sont responsables de 71 % des émissions de dioxyde de carbone du logement. De même, la voiture pollue de plus en plus : les émissions de gaz à effet de serre induites par les véhicules particuliers ont augmenté de 17 % entre 1990 et 2004. Et on ne parle pas de l’avion, qui pollue 2,7 fois plus que la voiture et 34 fois plus que le train. Le Français, dans son coin, est aussi responsable de la pollution. Et comme il n’est pas tout seul, le simple fait, par exemple, de ne pas laisser sa télévision en veille, peut permettre l’économie de 0,24 % de la consommation électrique nationale.
3. Vraiment bios les biocarburants ?
À priori, ils sont « LA » solution d’avenir. Moins polluants, permettant de s’affranchir de la dépendance vis-à-vis des pays producteurs de pétrole, et moins chers. Les biocarburants sont en plein développement. On se souvient de l’inauguration en grande pompe d’une pompe bio par le ministre de l’Économie de l’époque, Thierry Breton. Mais à y regarder de plus près, les biocarburants nécessitent également l’utilisation de pesticides et d’eau pour produire huile, canne à sucre ou autre colza. Au Brésil, en Indonésie et en Malaisie, on plante canne à sucre et palmiers à huile à grands renforts de déforestation. Et au Mexique, entre autres à cause de cela, le prix de la tortilla a grimpé suite aux hausses ayant touché la farine de maïs. De plus, si ce n’est la Suède qui vise son indépendance énergétique d’ici 2020, la consommation de biocarburants nécessite d’importer. Pesant pour la balance commerciale et générateur de pollution à cause du transport. L’ONU demande aux décideurs d’encourager la production de bioénergies tout en cherchant à maximiser les bénéfices pour les pauvres et pour l’environnement, tout en développant la recherche et le développement. L’idée : les pistes sont bonnes, mais il faut améliorer les choses.
4. Noël au balcon ou Pâques aux tisons ?
Ce pourrait être le grand paradoxe du réchauffement climatique : tandis que la planète continuera à se réchauffer dans son ensemble, le nord-ouest du continent européen pourrait, à l’inverse, connaître un sérieux coup de froid ! Imagine-t-on vivre dans nos régions des hivers comparables à ceux du Canada ? Dur d’y croire au regard des records de chaleur établis chaque hiver ces toutes dernières années. Et pourtant ! Et pourtant, des chercheurs américains ont, l’an dernier, brandi la menace d’un Gulf Stream en perte d’intensité, annonçant qu’il avait perdu 30 % de son débit en 50 ans. Le Gulf Stream, c’est ce courant marin chaud remontant l’Atlantique du Sud au Nord et qui permet de maintenir de la douceur à nos latitudes. À cause de la fonte actuelle des glaces polaires, ce courant pourrait être ralenti, voire même dévié. Conséquence : l’Europe de l’Ouest pourrait perdre six degrés de température moyenne et connaîtrait des hivers glacials. Quand cela interviendrait-il ? Les plus pessimistes parlent de quelques décennies.
5. Ozone : trou ou pas trou ?
Souvenez-vous, le trou. Celui de la couche d’ozone, par lequel la prise de conscience écologiste est arrivée. On nous bassinait. Sans elle, plus de protection UV, des cancers assurés. Une faune et une flore touchées. Réunis début septembre à Montréal, les délégués de 190 pays ont salué une bonne nouvelle. Le trou de la couche d’ozone se résorberait et devrait retrouver sa jeunesse de 1980 d’ici 2050. Voilà bien longtemps que l’on n’avait pas reçu de signes positifs sur l’environnement. Encourageant, d’autant que l’équipe scientifique ayant tiré ces conclusions attribue quasi exclusivement ce résultat au protocole signée à Montréal il y a vingt ans. Les pays s’étaient alors accordé sur une interdiction progressive des CFC (chlorofluocarbures), gaz que l’on trouve dans les bombes aérosols et les réfrigérateurs. Cela étant, d’ici là, les effets négatifs du trou de la couche d’ozone n’ont pas fini de se faire sentir.
6. La soupe sans OGM ?
Dans l’absolu, tout le monde voudrait manger bio. Huit Français sur dix se positionnent en faveur d’une alimentation sans pesticides ni OGM. La FAO, organisme des Nations unies en matière d’agriculture et d’alimentation, vient de donner un argument de poids aux défenseurs du bio en affirmant que, contrairement à ce qui était dit jusqu’à présent, le rendement de l’agriculture bio (si elle est développée) est suffisant pour nourrir la planète. Ce n’est pas l’avis de la FNSEA, puissante fédération de la majorité des agriculteurs, penchant pour la culture intensive. Si tout le monde se rejoint pour dénoncer la nocivité des pesticides, la FNSEA soutient les OGM en évoquant la résistance des produits génétiquement modifiés aux insectes, maladies et chocs pendant leur transport. La lutte est un véritable enjeu de société dans la mesure où opter pour le « tout bio » nécessiterait de cultiver plus de parcelles qu’aujourd’hui et induirait une distribution en commerces de proximité. Soit une nouvelle organisation qui bouleverserait nos habitudes d’achat. Courageux mais pas téméraire, le Grenelle de l’environnement limite à 20%, dans l’immédiat, son ambition en matière de parcelles bio.
7. Le gorille plus menacé que la morille ?
Les menaces sur la biodiversité sont, avec le réchauffement climatique, les deux thèmes clé de tout discours sur le développement durable. Si la fonte des glaces ou les canicules nous parlent de plus en plus, la disparition de dizaines d’espèces animales et les menaces qui pèsent sur plusieurs milliers d’autres (du gorille au tigre de Sibérie), commence à travailler les consciences. Mais dans les combats à mener pour préserver cette biodiversité, certains sont mieux armés que d’autres : les efforts déployés pour réintroduire l’ours dans les Pyrénées relèvent plus du symbole fort qu’autre chose. À côté que fait-on pour sauver telle espèce de papillon, telle petite fleur des marais ? Si, changement climatique oblige, la morille venait vraiment à être menacée, en parlerait-on autant que le gorille ?
8. Cinq minutes
pour la planète
?
Il récidive. Le collectif d’ONG environnementales, l’Alliance pour la planète, appelle une nouvelle fois les Français à éteindre leurs lumières cinq minutes, le 23 octobre, de 19 h 55 à 20 h. Cette date a été choisie pour faire pression sur les acteurs du Grenelle de l’environnement, dont la table ronde est prévue dans la foulée. Cette injonction militante aurait été respectée par trois millions de personnes, le 1er février dernier. Symbolique, cette action est aussi contestée par ceux qui estiment qu’il y a un pic de consommation néfaste quand tout le monde rallume la lumière en même temps. Contre-argument : ça ne vise pas à changer la face du monde, mais plutôt à éclairer les consciences.
9. Une maison écolo ?
Ce n’est plus un rêve inaccessible ni un gadget. En bois ou en terre, isolée à la laine de mouton ou au liège, chauffée à l’énergie solaire, la maison écolo progresse. Même si, malgré des aides financières, elle demeure toujours plus chère à l’achat.
10. Rio, Kyoto, Hulot... des accords pour quoi faire ?
À Rio de Janeiro en 1992, la planète prend des engagements sur la réduction
des gaz à effet de serre. À Kyoto en 1997, on se fixe des
échéances ambitieuses.
Or signer des accords, c’est bien, mais les respecter, c’est une autre affaire.
Entre les états non signataires (dont les États-Unis, deuxième
pollueur de la planète derrière la Chine) et ceux qui ne respectent pas
leurs engagements (la France n’arrivera pas à réduire par quatre sa
production de CO2 d’ici 2012 comme promis), on reste dubitatif.
Cela dit, une signature au bas d’un accord vaut mieux que rien : cela
engage tout de même le signataire, lui fixe des objectifs. Signé par dix
candidats à la présidentielle le 31 janvier dernier, le Pacte écologique
de Nicolas Hulot a porté quelques fruits : nomination d’un vice premier
ministre en charge du développement durable et ouverture d’un
débat public sur le développement durable avec le Grenelle de l’environnement.
Ce Grenelle se soldera-t-il par des accords ? Et des accords
respectés ? C’est une autre histoire...
(1) La Chine est aujourd’hui le premier émetteur mondial de CO²









