La Voix du Nord - Edition du 18 janvier 2006


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Florence Cassez victime d’une machination ?

Alors que pour la justice mexicaine la Beuvrygeoise est membre d’un réseau de kidnappeurs, la jeune Française clame son innocence

FLORENCE CASSEZ, la Beuvrygeoise détenue depuis le 9 décembre au Mexique (notre édition d’hier) fait-elle partie d’un réseau de kidnappeurs ou est-elle victime d’une mise en scène ? Au lendemain de l’appel de ses parents, Charlotte et Bernard, au gouvernement français, c’est la question qui se pose. Car deux versions s’opposent. Celle de la justice mexicaine et celle des parents de Florence, basée sur les propos que leur fille leur a tenus à chaque fois qu’elle a pu les appeler de sa prison, le
centro nacional de Arraigo .


Au Mexique, l’arrestation de Florence Cassez, 30 ans, et de son compagnon mexicain Ismaël Vallarta, 36 ans, a été filmée en direct par les caméras de deux chaînes de télévision, Televisa et TV Azteca. Un véritable show à l’américaine, avec les hélicoptères et l’intervention des hommes encagoulés et armés de la Agencia federal de investigacion (AFI). Le 9 décembre, une ferme de San Miguel Topilejo, à 50 km de Mexico, est prise d’assaut, Florence Cassez et Ismaël Vallarta, soupçonnés d’appartenir au groupe Los Zodiacos à qui on reproche dix enlèvements et un meurtre, sont arrêtés. Devant les caméras, trois otages sont libérés. Une femme de 40 ans et son fils de huit ans enlevés depuis 45 jours pour lesquels une rançon de dix millions de pesos (790 000 E) était demandée, et un homme de 22 ans qui « valait », lui, 4 millions de dollars. Un homme peut-être sur le point d’être mutilé…

« Je n’étais pas au courant »
Interrogé par les télés présentes, Ismaël Vallarta a démenti être à l’origine des enlèvements, assurant être juste employé dans cette ferme. Florence Cassez clamait, elle, déjà, son innocence, déclarant : « Je n’étais pas au courant. Sinon je l’aurais dénoncé, je le jure. » Une version que la justice mexicaine ne semble pas disposée à entendre, elle qui explique que les otages l’ont directement mise en cause, la décrivant comme étant celle qui les nourrissait. La justice estime en outre qu’elle
aurait utilisé les fichiers de la clientèle de l’hôtel Grand Chapultepec où elle travaillait pour renseigner les kidnappeurs.
Contactée hier, une journaliste mexicaine nous confiait que « au Mexique, il y a beaucoup de kidnappings depuis quelques années. Au début, des gens qui avaient de l’argent. Mais maintenant, avec ce qu’on appelle les kidnappings express, tous ceux qui ont un peu d’argent peuvent être enlevés. Pas forcément par une bande mafieuse, parfois par un couple qui a besoin d’argent et qui va kidnapper son employeur ou son voisin ». Avouant que cette couverture médiatique est assez courante dans son pays,
elle ajoute que « la police a besoin de démontrer qu’elle cherche à résoudre le problème ».
De là à mettre en scène une arrestation ? C’est ce que pensent Charlotte et Bernard Cassez, les parents de Florence. Martelant qu’on « avait besoin de coupables », dénonçant la « corruption », le couple parle de « machination diabolique ». Au centre, leur fille, partie travailler au Mexique en août 2003. Florence, qui leur a expliqué au téléphone qu’elle avait en fait été arrêtée la veille du coup de filet, en plein après-midi, « gardée dans une camionnette toute une nuit et emmenée dans une
ferme tôt le lendemain ». La ferme où furent libérés, devant les caméras de télé, trois otages. Un scénario bien huilé pour certains, une mise en scène implacable pour d’autres. Au centre, une jeune Française qui crie son innocence depuis sa cellule mexicaine, relayée ici par la voix de ses parents.
Stéphane DEGOUVE

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