La Voix du Nord - Edition du 26 mai 2006
Florence Cassez face aux juges mexicains
Le procès de Florence Cassez s’est ouvert à Mexico. La jeune Beuvrygeoise est accusée de séquestration et d’appartenance au crime organisé. Elle encourt une très lourde peine de prison et clame son innocence. Ses parents se battent.
PAR ISABELLE MASTIN
region@lavoixdunord.fr
Fin avril, Charlotte et Bernard Cassez ont pris l’avion pour Mexico. Dans les valises, ils avaient gardé une place pour les 580 messages de soutien destinés à leur fille Florence, détenue dans la capitale mexicaine depuis décembre. Au terme d’une arrestation rocambolesque, orchestrée pour les médias, elle se retrouve, à 31 ans, accusée d’avoir fait partie d’une bande organisée, spécialisée dans les kidnappings contre rançon, « Los Zodiaco ». Laquelle bande est soupçonnée d’une dizaine d’enlèvements
et d’un meurtre.
Des enlèvements... Un meurtre... Bernard Cassez n’aurait jamais pensé vivre une telle « expérience ». Mais la justice mexicaine en a décidé autrement. « Il a fallu du temps pour mettre la défense en place. Tout était bon pour retarder. » Au moins, désormais, Florence est-elle détenue dans une prison pour femmes, un mieux en regard de l’établissement où elle a passé trois mois de détention provisoire. « Un ancien hôtel » qui n’en avait que le nom. « Trois mois dans une cellule sans fenêtre. »
Une chance, on ne l’a jamais empêchée de téléphoner. En PCV, mais qu’importe ! « Trois minutes renouvelables dans la journée, plus avec des gardiens conciliants. »
Un transfert sans menottes
Le transfert de Florence dans sa prison pour femmes aux conditions de vie plus acceptables a de quoi surprendre. « C’était bizarre : elle n’était pas menottée, le fourgon s’est perdu... et l’homme qui l’avait arrêtée y est monté, sans un mot. Je ne sais pas s’ils espéraient qu’elle tente de s’enfuir... », frissonne encore son père. Le soutien du consul a été précieux. C’est lui qui a hébergé les parents pendant leur séjour. Lui qui joue son rôle chaque fois que Florence tire la sonnette. « Elle a
demandé à ne pas être seule en cellule. Elle préfère être en contact avec les autres détenues et prendre part aux activités. »
Quand le procès lui en laisse le temps. Le mois de juin promet, tout comme mai, d’être chargé. Impossible pour le couple d’être là tout le temps. C’est Jorge Ochoa, l’avocat de leur fille, qui leur livrera des comptes rendus. Les premiers échos sont encourageants : l’un des principaux témoins à charge n’a pas répondu à sa convocation. « Celui qui affirmait avoir reconnu Florence à son accent français. » Florence qu’il accusait de lui avoir anesthésié le doigt en vue d’une amputation. « C’est bon
pour Florence ! » Le témoin est reconvoqué le 2 juin.
« Florence se débrouille bien en espagnol. » Assez pour répéter qu’elle n’a rien fait à longueur d’interminables journées. « Elle se lève à 4 h du matin sans savoir à quelle heure elle se couchera. » Le moral oscille entre l’optimisme et le découragement mais elle a la santé. « Elle n’a pas changé, elle a eu des moments plus difficiles. » Par le biais du consulat, ses parents lui transmettent de l’argent pour améliorer la pitance. « Sinon, si elle mange ce qu’ils servent d’ordinaire, elle est
malade. »
Face à un pays gangrené par la corruption et où Amnesty International ne cesse de pointer les dérives de la justice, Charlotte et Bernard Cassez attendent et espèrent. Dans son atelier de confection, à Beuvry, Bernard a eu l’idée de lancer des tee-shirts à l’effigie de Florence. Ils sont en vente sur le site de soutien où les messages affluent. La plupart d’anonymes, soupire Bernard. Les élus, locaux ou nationaux ? Il insiste pour saluer Odette Duriez, député-maire de Cambrin, « la seule qui ait pris
des nouvelles... »
L’avocat, qu’ils ont rencontré 5 heures durant, va bientôt déposer une nouvelle demande de mise en liberté. Réalistes, ils savent qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines et s’accrochent aux coups de fil hebdomadaires. Le procès pourrait s’étirer « jusqu’en décembre ». Pas en continu : « Il y a des milliers d’autres détenus à juger. » Mais une seule pour laquelle ils se battent bec et ongles.



