La Voix du Nord - Edition du dimanche 4 mai 2008


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Le procès : dix-huit mois dans un couloir

Charlotte Cassez a voulu suivre le procès de sa fille, la soutenir et espérer avec elle. Elle n’a manqué que très peu des audiences qui se sont étalées de mars 2006 à octobre 2007. Elle raconte.


– Dans quelles conditions se déroule le procès ?
« Il faut imaginer une sorte de couloir attenant à la prison pour hommes de Mexico. C’est tellement un couloir que des gens passent, parfois, les bras chargés de dossiers, puis repassent dans l’autre sens, les mains vides… C’est évidemment public mais j’ai été surprise de ne pas voir souvent la juge. Elle est le plus souvent représentée par sa secrétaire, qui connaît très bien le dossier, d’ailleurs. Mais en vérité, je n’ai vu la juge qu’une ou deux fois, à l’audience. »

– Votre fille était-elle dans la salle ?
« Non, pas vraiment. Elle était dans une salle attenante. On ne la voyait qu’à travers les barreaux d’une fenêtre. Certes, elle pouvait s’exprimer, et son avocat également, bien sûr, mais c’est difficile de la voir de cette manière. C’est une situation inconfortable, pour se défendre. »

– Comment se passent les auditions des témoins ?
« Après ces témoignages, c’est l’avocat de ma fille qui prenait la parole, qui posait des questions. Chaque fois, il a réussi de cette manière à les mettre à mal ; c’est pour cette raison que j’avais de plus en plus confiance… »

– Avez-vous des soutiens, sur place ?
« Non, pas vraiment en dehors du consul de France. Nous avions pris des contacts avec les commissions nationale et fédérale des Droits de l’homme, mais ils ont jugé le dossier “trop compliqué”.

Au début, nous avions même fait appel à un autre avocat mexicain qui ne nous a été d’aucun secours. Clairement, il avait assimilé la thèse de l’accusation et s’en tenait à cela. »

– Vous-même, n’avez-vous jamais douté ? Même au début, lorsque des témoins ont immédiatement mis votre fille en cause ?
« Absolument jamais ! Ma fille est innocente. Elle s’est trouvée au mauvais moment avec la mauvaise personne, c’est elle qui le dit. Je ne me prononcerai pas sur la culpabilité de son compagnon, puisqu’il n’est toujours pas jugé. Les deux dossiers ont été disjoints, parce que celui d’Israel Vallarta semblait plus compliqué… »

– Votre fille a fait appel. Quand sera-t-elle rejugée ?
« On nous parle de six mois, peut-être dix ou douze… D’ici là, elle déposera une, voire plusieurs demandes de mise en liberté. Il est évidemment impossible qu’elle rentre avant d’être rejugée. Et elle veut réellement rentrer innocentée. » • 
RECUEILLI PAR É. D.

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