La Voix du Nord - Edition du jeudi 8 mai 2008


<<< Retour au sommaire

APRÈS LE VERDICT
Le président suivra le dossier de Florence Cassez mais ne promet rien

 Charlotte Cassez, avec son fils Sébastien et son mari Bernard, dans la cour de l’Élysée hier.

Nicolas Sarkozy est resté dans sa fonction de chef de l’État. Il a reçu hier, en fin de matinée, la famille de Florence Cassez, la Béthunoise lourdement condamnée au Mexique pour une série d’enlèvements. Il a promis de « suivre attentivement » l’affaire mais rappelé la souveraineté du Mexique et l’indépendance de sa justice. Incontournables.

À PARIS, PAR OLIVIER BERGER
oberger@lavoixdunord.fr
PHOTO CHRISTOPHE LEFEBVRE


Nous ne sommes pas dans l’affaire du petit Enis, d’Ingrid Betancourt et des otages du Ponant, où les familles avaient eu droit à la photo sur le perron de l’Élysée en compagnie du président. Soucieux de ne pas heurter le Mexique (l’annulation de son voyage prévu les 14 et 15 mai a suscité de l’émoi là-bas), il a reçu Charlotte et Bernard Cassez, les parents, Sébastien, le frère, l’avocat Frank Berton et le député du Nord, Thierry Lazaro. Longuement, trois quarts d’heure en fin de matinée entre le Conseil des ministres et la réception des députés UMP. D’un point de vue diplomatique, il ne pouvait pas faire plus : le soutien affirmé à une ressortissante française emprisonnée à l’étranger.

Mais pour la famille, cette écoute – « Il a réagi en père de famille », précise Bernard Cassez – est un grand bol d’air dans le cauchemar de Florence, condamnée le 26 avril à 96 ans de prison pour enlèvements, association de malfaiteurs, possession d’armes et de munitions (vingt ans de prison effective, car on retient la peine la plus lourde) et qui continue de crier son innocence depuis son arrestation en décembre 2005.
Sa mère Charlotte a apprécié le discours présidentiel et avait hâte de communiquer ce souffle par téléphone à sa fille : « Nicolas Sarkozy s’est montré très compréhensif, très ouvert. Il nous a rendu la confiance. Il ne nous a pas donné de garanties mais l’assurance que le dossier sera suivi de près, qu’elle sera aidée pour obtenir une procédure d’appel équitable. Je suis satisfaite. J’espère que je ne serai pas déçue. » Pour Frank Berton, « c’est un geste fort d’être reçus même s’il est resté dans les limites de sa fonction vis-à-vis de l’indépendance de la justice mexicaine. D’ailleurs, même en France, il ne pourrait rien faire ».
L’avocat lillois, qui se rendra à Mexico le 29 mai, n’est pas au bout de ses peines et tombe un peu des nues à l’examen du dossier et de son prochain déroulement juridique : « Sur un procès de quatre-vingts jours, voir une fois son magistrat n’est pas envisageable en France mais je ne peux pas juger les pratiques mexicaines. »
Un appel mais pas un nouveau procès !

Techniquement, la procédure d’appel de Florence Cassez sera enregistrée par la cour d’appel de Mexico le 9 juin. Mais dans la loi mexicaine, un appel ne débouche pas sur un nouveau procès. « Sans audience, sans oralité, ça nous paraît incroyable mais c’est comme ça  », constate Me Berton, déconfit. En fait, de un à trois juges réexamineront l’ensemble du dossier dans un délai de dix-huit mois à deux ans, jusqu’au moment où ils seront capables de notifier une sentence.
Avec l’appui de Frank Berton, l’avocat mexicain de Florence Cassez devra, en attendant, renouveler les demandes de mise en liberté : «  Il y a un combat juridique à mener. » Sinon, Florence Cassez devra patienter au moins deux ans en prison.
Le Mexique a ratifié en 2007 la convention du Conseil de l’Europe sur le transfèrement des personnes condamnées. Mais pour pouvoir purger sa peine en France (vingt ans), il faudrait que le jugement soit définitif. Or ce n’est pas le cas puisque Florence Cassez a fait appel.
« C’est très difficile, c’est un dossier très délicat. On sait qu’il nous faudra encore de la patience », souffle Charlotte Cassez, mère combative.  •
 

Retour