La Voix du Nord - Edition du samedi 24 mai 2008


MEXIQUE
Florence Cassez : l’appel du coeur d’une femme lasse

C’était hier après-midi, dans le bureau de Me Franck Berton, à Lille. Une conversation à bâtons rompus au sujet de son prochain déplacement à Mexico, où sa cliente Florence Cassez est toujours incarcérée, et soudain, le téléphone qui sonne : « C’est Florence. » Du fond de sa prison, elle veut pousser un cri, encore et encore, pour dire qu’elle est innocente, pour prévenir qu’elle est à bout.

PAR ÉRIC DUSSART
reportages@lavoixdunord.fr


C’est la voix d’une femme lasse. Une voix qui se brise parfois, ou qui laisse la place à d’émouvants silences quand elle évoque le retour en France, dont elle rêve, ou l’histoire qui l’a menée là, avec une peine de quatre-vingt-seize ans de prison.
« Je me suis retrouvée au mauvais moment avec la mauvaise personne... » Elle répète et répète encore qu’elle n’a rien à voir avec cette histoire d’enlèvements pour laquelle elle a été arrêtée, un foutu jour de décembre 2005, en compagnie de son ex-compagnon, Israel Vallarta.
Sur le moment, celui-ci a reconnu avoir enlevé et séquestré des gens, pour obtenir des rançons, et a mis Florence hors de cause. Trois témoins, séquestrés dans le ranch de Vallarta, mettaient également la jeune Béthunoise hors de cause dans leurs premières déclarations.
Mais depuis, les choses ont évolué. Vallarta nie, aujourd’hui, et les témoins ont donné des versions confuses lors du procès de Florence. Les deux dossiers ont été disjoints, sans que l’on sache exactement pourquoi, si bien que Florence Cassez a été condamnée le 26 avril alors que son ex-compagnon n’est toujours pas jugé.
« Mon frère connaissait Israel depuis cinq ans et il ne s’est jamais rendu compte de ses activités. » Florence Cassez jure qu’elle ne s’est jamais doutée, elle non plus, de ce que l’on reproche à Vallarta : « Notre relation n’a duré que quelques mois, et nous n’avons jamais réellement vécu ensemble. » Aujourd’hui, elle est persuadée qu’il menait bien une double existence, comme il l’a reconnu lors de son arrestation, mais la justice mexicaine ne veut rien savoir.

Vice de procédure
« Dans son dossier, il y a un vice de procédure énorme, dit Frank Berton. Une demande de mise en liberté conditionnelle a été déposée dès son arrestation, et la justice mexicaine avait un an pour l’examiner. Or, elle n’a toujours pas rendu de décision.
» « La liberté conditionnelle, c’est ce dont je rêve à longueur de journées pour l’instant. C’est ce qui me fait tenir, m’aide à me lever chaque matin. » Voilà ce que Me Berton et son confrère mexicain vont tenter d’obtenir, à partir de la semaine prochaine. Et puis, il y a la procédure d’appel : « Le 8 juin, on doit me donner le nom des juges qui examineront mon cas. » Mais Florence sait qu’elle ne comparaîtra pas : ces juges étudieront le dossier sur papier, dans leur bureau, avant de rendre une décision sans audience.
« Heureusement, mes parents arrivent ce week-end et je continue de recevoir des lettres ou des cartes qui me font le plus grand bien. Tant que je sens qu’on me soutient en France, je tiendrai le coup... »

 

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