La Voix du Nord - Edition du dimanche 23 mars 2008
JUSTICE
Michel Fourniret et Monique Olivier : deux mois de procès pour comprendre
C’est chaque fois la même chose. Comme à l’approche du procès de Dutroux, ou de celui de Patrice Alègre, de Guy Georges, d’Émile Louis… Chaque fois, on se demande si celui-là n’est pas pire que les autres. Mais qu’est-ce que cela voudrait bien dire ? Comme s’il y avait une échelle dans l’horreur de ces crimes. Michel Fourniret est jugé à partir de jeudi pour sept viols et homicides, plus trois tentatives. Mais cette fois, son épouse est à son côté.
Ce n’est pas le procès d’un homme, c’est le procès d’un couple, uni par un pacte diabolique.
PAR ÉRIC DUSSART
edussart@lavoixdunord.fr
Le 26 juin 2003, la jeune Marie-Ascunsion, 13 ans, rentre chez elle, à Ciney, dans la banlieue de Charleroi. Une camionnette s’arrête à sa hauteur, le conducteur réussit à la convaincre de monter avec lui pour la remettre sur le bon chemin. Mais vite, très vite, elle comprend son erreur. Il est menaçant, la ligote et l’immobilise à l’arrière sans faire mystère de ses intentions : « Si tu ne me donnes pas de plaisir, tu ne pourras pas retourner chez toi »… La gamine est terrorisée mais dans l’énergie de son désespoir, elle trouve le courage de se défaire de ses liens et profite d’un arrêt à un stop pour s’enfuir. Dans la voiture d’une jeune femme qui l’a recueillie et l’emmène au commissariat, elle voit passer le C 15 blanc en sens inverse : « C’est lui ! ».
Avec le numéro d’immatriculation, les policiers n’auront aucune peine à retrouver Michel Founiret, un type apparemment sans histoires, la soixantaine rustique, qui vit avec son épouse et son fils à Sart-Custine, à deux pas de la frontière française.
Ce jour-là, c’est la fin de l’itinéraire criminel de l’un des plus terrifiants violeurs et tueurs en série. C’est aussi, pour les policiers belges, une plongée inattendue dans la folle histoire de ce couple inquiétant et mystérieux. Il est arrogant et froid, elle est tourmentée, silencieuse, plus fragile.
C’est elle, au bout de quelques jours, qui finira par avouer. Sept enlèvements, autant de viols et pour finir un meurtre, à chaque fois, qui mènera à un morbide parcours à travers les bois et les champs des Ardennes, afin de retrouver les corps.
Monique Olivier et Michel Fourniret se sont connus parce qu’elle a répondu, en 1987, à une annonce qu’il avait envoyée à un magazine de détenus, alors qu’il était incarcéré à Fleury-Mérogis pour des agressions sexuelles, depuis 1984.
Le pacte Une longue correspondance débute alors, devient enflammée, puis mystique parfois, et totalement irrationnelle pour toujours. Il signe « Ton fauve », elle se soumet. Il lui propose un pacte, elle accepte. En échange du meurtre de ses deux ex-maris, qu’elle accuse de l’avoir battue, maltraitée, humiliée, Monique aidera Michel à trouver de jeunes vierges. C’est son obsession, la virginité.
De 1987 à 2001, dans les Ardennes, en Vendée puis en Belgique, le couple fera sept victimes. Au moins. Pour celles-là, ils seront jugés du 27 mars au 28 mai. Au moins deux ou trois dossiers sont encore à l’instruction, car il y a une longue interruption de dix ans, entre 1990 et 2000, à laquelle les policiers ne croient pas une minute...



