La Voix du Nord - Edition du jeudi 27 mars 2008


Au moment où s’ouvre son procès, Michel Fourniret joue la provocation

Ce matin, à dix heures, s’ouvre à Charleville-Mézières le procès de Michel Fourniret et Monique Olivier. Pendant deux mois, ils répondront de sept meurtres et d’autant de viols ou de tentatives. En tout cas, c’est ce qu’espèrent les familles des victimes. Mais avec lui, elles s’attendent à tout…

PAR ÉRIC DUSSART
reportages@lavoixdunord.fr

Dans la littérature abondante qu’ils se sont échangée alors qu’il était encore en prison, Fourniret se décrivait à sa future épouse comme une sorte de gourou. « Il savait tourner les choses, il utilisait un vocabulaire pointu », a-t-elle dit aux policiers après son arrestation. Le commissaire qui l’a interrogé prend un plus de distance : « Il voulait se faire passer comme quelqu’un de supérieur, une sorte d’intellectuel. Ce qu’il n’était pas. » En tout cas, chacun s’accorde à reconnaître que cet homme a une haute opinion de lui-même. Quatre ans après son arrestation, il continue de distiller ses vérités et ses mensonges, sans qu’on puisse précisément en faire le tri pour l’instant ; et sans la moindre considération pour les familles des victimes.
Depuis quelques semaines, il a trouvé une nouvelle posture : il ne veut plus être défendu. Mais devant la cour d’assises, c’est obligatoire. Alors, il accepte la présence d’avocats commis d’office, à ses propres conditions, qu’il énoncera ce matin. Il l’a fait savoir, du fond de sa cellule, à Thierry Bourbouze, un de ses trois défenseurs. Et celui-ci a transmis : « Le président de la cour d’assises ne s’oppose pas au principe d’une prise de parole de Michel Fourniret en ce qui concerne le rôle qu’il entend faire jouer à ses avocats, pour donner sa vision du procès et procéder à une sorte de critique de l’instance judiciaire. » Voilà l’homme qu’auront devant eux les trente parties civiles. L’homme qu’aura à son côté Monique, qui l’a épousé le 28 juillet 1989, un an après la naissance de leur fils et alors qu’étaient déjà mortes Isabelle Laville, Fabienne Leroy et Jeanne-Marie Desramault.

Content de lui Cinq mois plus tard, ce sera le tour d’Élisabeth Brichet, puis Natacha Danais, puis, dix ans après, de Céline Saison et Mananya Thumpong.
C’est Monique Olivier qui a fini par tout raconter, au moment de leur arrestation. Pour ces sept dossiers-là, plus trois tentatives d’agression ou d’enlèvement manquées, il a tout confirmé. À les croire, le mode opératoire est presque chaque fois le même. Il repère une jeune fille, voire une très jeune fille, attiré par l’idée de sa virginité. Souvent, elle l’aide à mettre la victime en confiance, ils l’enlèvent… Ils racontent alors des scènes de viols, de meurtres, de sordides équipées pour enterrer les corps… Qu’en diront-ils au procès ? « Pour lui, tout dépendra de ce que fera Monique Olivier », dit Me Bourbouze. «  Car chacun essaie de reprendre la main. » Ses avocats laissent entendre qu’elle prendra la posture de la femme soumise, qu’elle minimisera ses complicités. Ce qui incitera peut-être Fourniret (qui aura 66 ans au cours du procès) à se rendre à l’audience, puisqu’il entretient toujours le suspense.
En tout cas, même s’il risque la réclusion criminelle à perpétuité, il semble inutile de s’en faire pour lui, selon son avocat : « Il est dans un excellent état d’esprit. Toujours aussi content de lui. » •
 

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