La Voix du Nord - Edition du mardi 1 avril 2008

Une « présence passive » face aux douleurs des familles

Au moins, Fourniret a compris qu’il vaut mieux venir de lui-même. Les hommes du GIGN n’ont pas eu besoin de le convaincre, hier matin : il les a suivis sans histoire jusque dans le box. Mais il refuse toujours de parler.
Le président Gilles Latapie est toujours aussi patient, aussi courtois. On sent qu’il croit en son affaire, qu’il pense pouvoir amener Michel Fourniret à un peu de compréhension. Mais à ce jour, l’ancien dessinateur industriel parle toujours de « présence passive », et semble même s’agacer, parfois, quand l’avocat général persiste à lui poser des questions. Car Francis Nachbar n’est pas aussi patient que Gilles Latapie et, du coup, bien moins courtois.

Après le témoignage de Marie, Francis Nachbar a sorti une lettre reçue par Fourniret, en cellule. C’est son fils qui lui écrit. À l’époque, il a 12 ans et veut savoir pourquoi son père a enlevé la fillette, et ce qu’il comptait en faire. La réponse du père est diabolique : « Il est évident que je lui aurais arraché les yeux et les membres avec une infinie jouissance. J’aurais pu la violer, mais je préférais lui infliger de longues souffrances, morales et physiques… » Est-on dans la provocation malsaine, dans le délire ? « Comment avez-vous pu écrire cela ? », demande le magistrat. Michel Fourniret lève les yeux au ciel en guise de réponse. Le fils doit avoir du mal à comprendre son père.
Et les familles aussi, qui retiennent de plus en plus mal leur exaspération devant ses regards fuyants, ses mots frisant le chantage, quand il revient sur son idée de huis clos : « En public, je ne parlerais que du bout des lèvres. Une quantité d’informations que je pourrais donner échapperont aux familles… Mais à huis clos, les yeux dans les yeux, ma sincérité serait sans frein… » Les murmures de douleurs courent les bancs des parties civiles mais n’atteignent pas Michel Fourniret dans son box. Le manipulateur joue avec la seule chose qu’il puisse encore manipuler aujourd’hui : la douleur, et la mémoire de ses victimes.  • 
E. D.

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