La Voix du Nord - Edition du mercredi 2 avril 2008


JUSTICE
Monique Olivier est peu convaincante dans le rôle de la femme soumise

 D’une voix à peine audible, tête baissée, sans un regard vers les familles, elle a concédé pour la première fois des regrets.  PHOTO AFP

Fourniret toujours enfermé dans un silence affecté – mis à part une brève incartade en fin de journée –, l’audience d’hier s’est plutôt braquée sur Monique Olivier. Après tout, c’est elle qui a raconté les viols et les meurtres, en août 2004. C’est l’époque de ses aveux, qu’elle dit « spontanés  », semblant oublier qu’il lui a fallu un an et… cent vingt auditions par la police belge pour les passer.

Elle n’est pas plus spontanée quand elle se lève dans le box. Empesée, pataude, la lippe triste et le regard battu, elle semble traîner sa peine et cette posture agace ceux qui lui font face. Sa maladresse n’arrange rien : « Je me suis décidée à passer aux aveux parce que Michel Fourniret annonçait sa libération prochaine. Je ne voulais pas le revoir… » Me Seban bondit : « Et pour les victimes, non  ?… » On ne peut pas parler d’éclair, mais peut-être d’une pâle lueur, qui passe furtivement au fond de son oeil : « Pour les victimes aussi, oui… C’était un tout… Je regrette… Je regrette beaucoup… » On en vient alors à l’opulente correspondance échangée entre les deux futurs amants diaboliques, quand Fourniret était en prison. Entre le jour où elle répond à la petite annonce qu’il avait passée dans Le Pèlerin et sa libération, fin 1987, il s’écoule huit mois et… deux cent dix-sept lettres.

Une littérature très vite aérienne, totalement surréaliste par moments entre un homme obsédé par sa supériorité (par la virginité, aussi) et une femme seule, « complètement paumée » de son propre aveu. Les liens se tissent, il lui écrit qu’il est «  indubitablement en train de tomber amoureux », il l’appelle « princesse aux pieds nus » ou «  Natouchka », puisqu’il se pique de tutoyer Dostoïevski. Pour elle, il est « mon taulard préféré », «  Mon fauve », et même « Sher Kahn », en référence au tigre du Livre de la jungle.
Quand il la demande en mariage, le 16 juin 1987, ils ne se sont toujours pas vus. Trois jours après, elle accepte. Il lui propose «  une union monastique prohibant l’approche du calice », mais trois semaines plus tard, à sa première permission, ils ont un rapport sexuel.
Bientôt, il ne lui cache plus ses projets criminels et jamais elle ne l’arrête. Il évoque Bonnie and Clyde, lui parle de rafales de flics, de braquages, elle dit qu’il est pour elle « une sécurité ».
Puis il l’emmène dans les tréfonds de ses turpitudes sexuelles. La virginité, encore : « Cette satanée membrane, il me la faut  ! ». Elle comprend, évidemment : « Il me demande de lui trouver une jeune fille vierge aux longs cheveux bruns, comme moi  ; comme si c’était moi qui lui offrais ma virginité ». Elle avoue, en fait, qu’elle a vu le piège se former, mais ne sait pas expliquer pourquoi elle y a participé. L’avocat général lui demande si elle était amoureuse… « Non, mais j’étais tellement seule qu’il fallait que je l’imagine. » Elle dit encore qu’elle ne savait pas où aller, elle balance la tête, cherche des mots qu’elle ne trouve jamais… «  Je regrette… » Aujourd’hui, la cour aborde le dossier d’Isabelle Laville, gamine aux longs cheveux bruns qu’elle a enlevée et livrée à Fourniret. Deux semaines après sa sortie de prison.

À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES, PAR ÉRIC DUSSART

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