La Voix du Nord - Edition du jeudi 3 avril 2008
Des parents effondrés, les yeux dans les yeux
Dans un face-à-face terrible, Jean-Pierre puis Marie-Jeanne Laville, les parents d’Isabelle, sont venus dire à Michel Fourniret leur façon de penser.
Une anecdote. Une seule : « C’était un 23 avril, le jour de mon anniversaire. Isabelle était enfant, elle jouait dehors avec ses amis pendant que je faisais la sieste. Ils sont tous entrés avec des petites fleurs. Des pissenlits, des pâquerettes… pour mon anniversaire. »
Jean-Pierre Laville s’effondre. Il s’était pourtant juré de ne pas pleurer. Pas devant Fourniret. Mais c’est trop dur : les photos d’Isabelle sont projetées sur le grand écran, elle lui sourit. « J’entends dire qu’elle a été enlevée parce qu’elle ressemblait à Monique Olivier ; je ne vois pas en quoi… » À la barre, il veut aussi dire deux mots à la justice, qui a classé sans suite le dossier de sa fille… une semaine après sa disparition. « Toute la région s’était mobilisée. Je me souviens que l’AJ Auxerre faisait des affiches, avec Basile Boli, Éric Cantona… Ils avaient déjà classé le dossier et ne nous l’avaient pas dit. » Les magistrats regardent leurs chaussures et lui continue : « Ils n’ont même pas fait d’enquête. Ma fille avait dix-sept ans, c’était pas un chien écrasé. Et même un chien écrasé, s’il avait appartenu à la bourgeoisie d’Auxerre, ils auraient fait une enquête… »
« Ma tête peut tomber »
Et puis, il s’est tourné vers Fourniret. « Vous m’avez enlevé ma fille. Ayez le courage, comme je l’ai aujourd’hui, de répondre aux familles. » Chancelant, au bord de rompre, il a tenu le coup un bon quart d’heure. Mais l’autre, impassible, veut toujours tenir les rênes et s’accroche à son huis clos, quasi mystique : « Dites seulement une parole… » Mais personne n’y croit. Et les familles ne céderont pas. « Si vous ne voulez pas parler, c’est que vous avez peur. Pourtant, vous n’avez pas eu peur d’aller en chasse… » Alors, Fourniret se fait mielleux : « Ma tête peut tomber sur le billot… Je regrette de me montrer aussi lamentable… » Jeanne-Marie Laville en a trop entendu : « Vous êtes petit. Et vous ne supportez pas votre petitesse. Votre histoire de huis clos, c’est de la lâcheté. Voilà. »
É. D.



