La Voix du Nord - Edition du jeudi 10 avril 2008


Fourniret garde le mystère sur les derniers instants de Jeanne-Marie

Me Seban ne ménage pas sa peine: «Je souhaite que nos rapports continuent d’être violents…» PHOTO AFP

On ne sait toujours pas comment est morte Jeanne-Marie Desramault. Fourniret reconnaît l’avoir étranglée, mais qui a posé le bâillon retrouvé sur son visage ? Qu’a-t-elle crié avant de mourir ? Son vieux père était venu pour savoir tout cela, et pour « voir l’assassin ». Il a juste eu droit à une phrase : « Je reconnais les faits »…

 

À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES, PAR ÉRIC DUSSART
reportages@lavoixdunord.fr
PHOTO AFP

 


De sa voix tremblante et frêle, le vieil homme n’a pu dire que quelques mots : « Que la justice le punisse… Il a tué Jeanne-Marie… Il a tué Jeanne-Marie… » Recroquevillé dans son fauteuil roulant, il s’est laissé submerger par les larmes dans un silence de cathédrale. Comme s’ils étaient totalement indifférents au malheur d’Henri Desramault, Fourniret regarde le plafond, son épouse ne regarde nulle part, posée là et tassée sur sa chaise, totalement inerte.


Elle est exaspérante. Jamais elle ne finit une phrase, ponctuant ses mièvres explications de gestes qui semblent signifier qu’elle ne se souvient plus. «  Comme si on pouvait oublier une scène de meurtre… », râle Didier Seban, l’avocat de la famille Desramault.

« La faire taire »
Justement, on la soupçonne de ne pouvoir d’autant moins oublier qu’elle y aurait participé, à ce meurtre. Un bâillon fait de deux bandes d’Élastoplast posées en croix sur la bouche et le nez de Jeanne-Marie a été retrouvé intact, en 2004, quand le corps a été exhumé. Elle a dit que Michel Fourniret n’avait pu le poser lui-même, trop occupé à contenir la rage désespérée de Jeanne-Marie. Aujourd’hui, elle le confirme du bout des lèvres. Encore faut-il la pousser, admettre ses longs silences. Mais qui, alors ? « Ce n’est pas moi… Je n’aurais pas pu le faire… Je n’aurais pas pu le faire… » Me Seban s’énerve. Il lui paraît inacceptable de ne pas obtenir de réponse. Il sait qu’il va tendre l’ambiance, que l’audience va devenir dure, mais il s’approche de Fourniret, à deux mètres à peine. L’autre soutient son regard. Ils se défient. « Elle se débattait, elle criait, il fallait la faire taire… » On sent que Fourniret écume, mais il se tait. Lèvres pincées, regard de feu. « Votre épouse a parlé d’attouchements "post mortem", qu’en dites-vous ? Vous aimez qu’on vous trouve monstrueux, n’est-ce pas ? » Fourniret est écarlate, tremblant de rage dans son box. Il laissera juste échapper un geste, montrant du doigt rageur et méchant l’avocat qui crie, maintenant : « Votre fils Sélim était dans la pièce, vous y avez pensé ? Vous saviez que ses premiers mois seraient marqués par les cris d’une mourante ? » C’est violent, là. Fourniret va craquer, c’est sûr. Seban est inarrêtable : « Et votre fille, vous y avez pensé ? S’il était possible qu’un autre, comme vous l’avez fait à Jeanne-Marie, pose ses grosses paluches sur votre fille ?… » Mais non, rien. Une rage contenue, un silence insolent. D’autres larmes d’Henri Desramault. Alors le président suspend : « C’est tellement tendu… » 


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