La Voix du Nord - Edition du vendredi 11 avril 2008
JUSTICE
Fourniret toujours bouclé à double tour, même quand on lui parle de son fils
Il y a quelque part – dans le sud de la France, dit-on – un jeune homme de 18 ans qui s’appelle Fourniret. C’est le fils de Michel et Monique. Son ombre, peu à peu, commence à planer au-dessus du box où ses parents s’ignorent et se débattent avec leurs propres turpitudes. « Que doit-il penser, s’il se tient informé par la presse de ce qui se passe ici ? », a demandé hier Me
Ce jeune homme est né le 8 septembre 1988. C’est-à-dire neuf mois – à trois jours près – après l’enlèvement, le viol et le meurtre d’Isabelle Laville. La semaine dernière, l’avocat de la famille Laville n’a pas pu s’empêcher de poser la question : « Vous savez à quelle date a été conçu votre fils ? » Pas de réponse, évidemment. Mais déjà, on pensait à ce gamin, à la jeunesse qu’il a vécue, à la lourdeur de son fardeau, aujourd’hui.
Et voilà que l’ordre chronologique des crimes reprochés aux époux Fourniret amène la cour d’assises au printemps 1989. Le bébé a neuf mois, quand Jeanne-Marie Desramault perd la vie dans une petite habitation de Floing, à deux pas de Charleville-Mézières. C’est une manière de baraquement, avec deux petites pièces habitables, trente ou quarante mètres carrés à tout casser. « Quand deux personnes s’y trouvent, l’un ne peut rien manquer de ce que fait l’autre », a dit Yannick Jacquemin, capitaine de police à la PJ de Reims.
Alors, le président, puis les avocats font une nouvelle fois raconter la scène du crime. Il en reste tellement d’incertitudes. Fourniret toujours coincé, c’est Monique Olivier qui s’y colle : « Elle criait… Elle hurlait… Il serrait son cou… Il était assis sur elle, par terre … » Ses hésitations, ses ânonnements racontent une scène terrible, dans cet espace clos et réduit. Elle est spectatrice, évidemment. Didier Seban laisse volontairement s’installer un silence de plusieurs tonnes, puis doucement il lui pose la question qu’elle n’attendait pas : « Mais où était votre fils ? » Monique Olivier perd contenance. Complètement perdue, cette fois, livide, elle parle pour elle-même, presque tout bas, et ses larmes coulent toutes seules : « Non… Non… » L’avocat demande s’il était là, si elle imagine ce qu’un enfant peut ressentir… « Il n’était pas là, c’est pas possible… C’est pas possible… » Ils n’avaient pas d’amis, pas de baby-sitter, à ce moment-là, on ne saura pas où pouvait être le bébé. Avant de se rasseoir, Me
Déjà, il avait été question de lui au moment d’évoquer l’enlèvement de la jeune Marie, qui a causé l’arrestation de son père : Fourniret était sorti ce jour-là, furieux, pour vendre son bureau d’école au brocanteur parce que le gamin avait ramené de mauvaises notes. C’est la dernière fois qu’il l’a vu.
Aujourd’hui, le jeune homme a entamé les démarches administratives pour faire changer son patronyme.
PHOTO AFP
À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES PAR ÉRIC DUSSART



