La Voix du Nord - Edition du jeudi 8 mai 2008


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JUSTICE
Face à sa fille, Michel Fourniret promet que désormais il répondra

 En quelques instants, Anne, la fille de Fourniret, a fendu la cuirasse du tueur en série présumé.

La carapace s’était déjà bien fendue mardi. Hier, une jeune femme de 35 ans portant courageusement la douleur de la mort de son frère, de celle de sa soeur jumelle, de ce qu’est devenu son père, a fait craquer Michel Fourniret. « Puisque ma fille le veut, je répondrai à toutes les questions », a-t-il dit en fin d’audience. Le procès reprend mardi, avec cette nouvelle donne.



À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES, PAR ÉRIC DUSSART
reportages@lavoixdunord.fr
PHOTO AFP

 


Michel Fourniret a eu plusieurs vies. Plusieurs femmes. En voici deux, qu’il a épousées après les avoir séduites de la même manière : «  Sa correspondance était tellement touchante… » À sept ans d’intervalle, elles ont été attirées par cet homme qui savait se montrer « prévenant, parfois affectueux ».

Elles en parlent doucement, chacune à leur tour, chacune avec ses mots, mais au bout du compte, elles en disent la même chose. « Il aurait pu faire quelque chose de sa vie ; ce n’était pas n’importe qui, je crois. » Annette Rennesson, petite septuagénaire coquette au front inquiet, se voyait même, à moins de 30 ans, « un avenir attrayant ».


Nicole Clergé a appris à vivre avec lui : « Il n’avait pas un caractère facile, mais je m’en suis accommodée ». Elle semble plus solide, son vaste corps posé sur la barre et sa conviction affirmée qu’il « fallait savoir lui tenir tête ».


Mais elle finit également par baisser les yeux : « Quand tout allait bien, on se demandait toujours ce qu’il allait inventer pour que le ciel s’assombrisse… » La première a vécu quatre ans avec lui, la seconde treize. Et les deux histoires se sont terminées de la même manière : « Un jour, on m’a convoquée au commissariat. Tout s’est effondré. J’ai décidé de demander le divorce. »

L’image se brouille


Annette apprend une agression sexuelle sur une petite fille en 1966, Nicole découvre plusieurs viols vingt ans plus tard. Depuis, elles ont cette même image : « Il y a deux personnalités en lui, c’est impossible autrement… » Du criminel qui se flétrit petit à petit dans le box, elles ne veulent pas parler : « Je ne l’ai pas connu comme cela. » Au mari qu’il a été, elles gardent une forme d’affection. Mais au fil des mots, au long des questions sur le quotidien, l’image se brouille. « Il était tout de même très surprenant. On n’avait pas d’amis, il avait fait le vide autour de nous. » Un peu plus tard : « Quand il n’aimait pas quelqu’un, il arrivait qu’il cherche à l’humilier, parfois cela me faisait honte… » Fourniret encaisse les coups, surtout ceux de Nicole Clergé. Elle est importante pour lui, il le fait bien sentir. Monique Olivier est persuadée qu’il l’aime encore et on voit se voûter sa raideur habituelle quand se dessine le père qu’il a été : « Très autoritaire. Une fois, Anne avait subtilisé quelques bonbons, il l’avait attachée à la laisse du chien. » Fourniret n’a jamais payé aucune pension alimentaire. Jamais pris de lui-même contact avec ses enfants. On voit peu à peu s’imposer le tragique destin de Nicolas, né en 1971.
« Il l’a considéré comme un rival. Il ne voulait pas qu’il le dépasse. Je me souviens qu’il n’avait pas le droit d’entrer dans son atelier, parce qu’il aurait pu apprendre… »

 

Tout bascule


C’est Anne qui parle ainsi. Une jolie jeune femme de 35 ans qui va faire basculer ce procès en quelques instants.
Son frère est mort en 1995. « Il était tenté par le droit, mais pour prouver à son père qu’il pouvait faire quelque chose de ses mains, il est devenu travailleur forestier. » Ce père qu’il voyait si peu. « Il a travaillé, travaillé… » Un jour, il a été happé par une machine, il avait 24 ans.


Son menton tremble, ses yeux noyés s’égarent, mais Anne continue, les mains accrochées à la barre. Sa jumelle, Marie-Hélène, s’est suicidée il y a quelques mois. « Elle ne se supportait plus… » Fourniret encaisse, s’affaisse. Il pleure. Il a dit un peu plus tôt que si son épouse et ses enfants lui demandaient, il parlerait enfin. Tout le monde y pense, bien sûr. Nicole a dit oui, elle a même subtilement insisté. Jean-Christophe, le fils d’Annette, n’y voit pas d’inconvénient. Reste Anne. «  Je pense qu’il serait bien qu’il s’exprime. Pour les familles… » C’est Alain Behr, l’un des avocats, qui a le micro : « Vous allez répondre ? » « Indubitablement. Aux questions des familles, à celles des avocats, à toutes les questions. » Le temps est suspendu quelques secondes.


Pour finir, en larmes, effondré, il parviendra à peine à dire à sa fille « Je t’aime… Je peux crever, je t’aimerai toujours… » Elle s’en va, chancelante, elle vient peut-être de faire basculer le procès.
Juste avant, il s’était rangé de son côté, dans un différend qui l’opposait à Monique Olivier… « Je ne mets pas en doute l’honnêteté de mes enfants. Comme je ne mets pas en doute la malhonnêteté de cette bonne femme. » Le président Latapie a eu le dernier mot : « Eh bien, on va passer une bonne semaine… »  
 

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