La Voix du Nord - Edition du mercredi 14 mai 2008
JUSTICE
Un Fourniret volubile à souhait donne rendez-vous demain matin
Il semble s’être apaisé. Les larmes de la semaine dernière ont séché et son visage a retrouvé le masque pincé, un peu hautain, de l’homme convaincu de son importance. Mais désormais, Michel Fourniret parle. Il joue, même, de ses mots abondants, redondants, à distribuer les appréciations ou les actes de contrition. Il a trouvé une nouvelle posture pour garder la seule place qui lui convienne, au centre de toutes les attentions.
À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES PAR ÉRIC DUSSART
edussart@lavoixdunord.fr
PHOTOS AFP
Le président Latapie n’a pas voulu « perturber le fonctionnement de l’audience ». Les familles des victimes attendront demain et vendredi matin – deux matinées ajoutées au programme – pour poser à Fourniret les questions qui les hantent depuis tant d’années. Pour le moment, puisque le plan d’audience était prévu ainsi, voilà les victimes de la « première époque ». Celle d’avant Monique. Des jeunes femmes ou des adolescentes qui ont été agressées ou violées par Fourniret au début des années quatre-vingt, quand il était marié avec Nicole Clerget et père de trois enfants.
Il s’est lui-même dénoncé lors de son arrestation pour agression, en 1984. « Les policiers m’ont demandé si j’avais fait d’autres victimes. Je leur ai fourni de mon plein gré une liste de dix-sept noms… » Dahina Le Guennan avait quatorze ans en 1982. Aujourd’hui, elle est une jeune femme élégante et sereine : « Le procès aux assises, en 1987, c’est un moment que j’ai très mal vécu. Mais maintenant, je vais bien. Je vais bien… » Elle se tourne vers Fourniret : « Vous n’avez pas marqué ma vie… » Chose impensable la semaine dernière encore, le dialogue s’engage spontanément entre cette femme hardie et un Fourniret soudain penaud auquel elle n’épargne aucun détail. « Quand vous vous êtes rhabillé, que je vous ai dit que je pouvais être votre fille, vous avez pleuré… » Sans soutenir le regard droit qu’elle pose sur lui, il ose : « Une partie de tout ça a échappé à ma mémoire. Je crois que c’est beaucoup plus marquant quand on est victime. » Il reconnaît tout. Même la mégalomanie. « M
De la part d’un vaniteux, il y a là quelque chose qui s’explique.
Fourniret a le repentir distant mais généreux. Il parle, parle encore, de ses airs inspirés, mais au fil de ses circonlocutions, il se rend compte que son auditoire hésite, parfois. « Je ne cherche à convaincre personne. Je parle avec sincérité. Même si ma sincérité est plus ou moins douteuse. Je suis… relativement sincère. »
Il l’est, en tout cas, lorsque Didier Seban lui demande où il en est de cette quête entêtante de la virginité : « Je n’ai pas fait l’expérience, je le jure. Et tant que je n’ai pas la réponse à ce que je cherchais, je reste quelqu’un d’extrêmement dangereux ».
Au moins, c’est clair. Plus que les « propensions à la fluctuation » de ses sentiments. Plus que sa manière de se demander quelle influence a eu sur lui Monique Olivier : « C’est le mélange du bain carcéral dilué dans une relation épistolaire. Qu’en penser ?… Non, je n’ai pas les éléments. » Tant pis, on attendra. C’est sans doute pour demain matin : « À propos de Jeanne-Marie Desramault, par exemple, elle a dit n’importe quoi, en évoquant des caresses post mortem. Ça commence à faire beaucoup. D’où mon courroux. Je pense que nous allons régler nos comptes par micro, avec Monique. »



