La Voix du Nord - Edition du vendredi 16 mai 2008


JUSTICE
Fourniret dans la peau du « Michel noir » associe Monique Olivier à ses crimes

 Face au père d’Isabelle Laville, Michel Fourniret, «tel un braconnier », a maintenu qu’il était tombé «par hasard» sur sa fille.

La semaine dernière, quand Michel Fourniret a promis de parler enfin, les familles de ses victimes n’ont pas caché leur soulagement. Immédiatement, ces femmes et ces hommes unis dans la douleur ont pensé à toutes les questions qu’elles auraient à lui poser. Hier, il a commencé à y répondre et comme en un réflexe de protection, leurs rangs se sont resserrés, leurs mains se sont jointes. C’est tellement cruel…

 

Le président Latapie ne semble pas estimer que tout cela est indispensable. S’il a ajouté deux audiences au déroulement de son procès, c’est pour permettre aux avocats des parties civiles de poser leurs questions. Pour sa part, il n’en a pas.
Il n’est pourtant pas inutile d’entendre les explications de Michel Fourniret, au moins pour se faire une idée du rôle de Monique Olivier. Si on l’écoute, elle n’a fait que suivre : « Je faisais tout ce qu’il me demandait. » Ce qui ne l’exonère de rien, bien sûr, mais la cantonne au rang de complice. Or, depuis qu’il consent à donner sa version des faits, Fourniret l’associe à tous ses crimes, au moins par la présence, parfois par le geste, même s’il ne perd pas une occasion de l’humilier : « Je dirais qu’elle était fidèle à elle-même : transparente ».
Si Me Behr ou Me Chemla souhaitent des détails, au nom des parents d’Isabelle Laville ou de ceux de Fabienne Leroy, il en donne. Jusqu’aux plus crus. Un douloureux silence enrobe alors ce coin du box où il se retrouve seul, comme isolé du reste de la salle, qu’il emplit pourtant de sa voix effacée, de ses phrases compliquées : « L’alimentation de mon cerveau par les sources de la mémoire ne se fait pas par ruissellement ; c’est du goutte à goutte ».

Cette arrogance qui fait mal
Il faut sans doute comprendre que les souvenirs remontent par vagues ; mais gare au raz-de-marée ! Un détail sordide qui ne prévient pas, une image déplacée dont il est le seul à ne pas être choqué (« Je ne voyais pas l’intérêt de mettre mes hommes de troupe dans la confidence des décisions de l’état-major ; les hommes de troupe étant Monique. ») ou le regard planté dans celui qui lui fait face… Fourniret est ailleurs. Dans un monde où on ne tremble pas. Les larmes de la semaine dernière ont disparu, même quand M. Laville, le papa d’Isabelle, débordé par la douleur, lui crie sa rage et s’adresse au père qu’on a vu s’effondrer la semaine dernière : « Quand vous perdez un enfant, ça vous fait quoi, Fourniret ? Vous en avez perdu deux, vous pouvez comprendre ?… » Il garde la tête haute, son calme glacial et cette forme d’arrogance feutrée qui fait mal, parfois, à ceux qui l’écoutent : « Monsieur, je ne vous répondrai pas sur le ton que vous employez. Mais vous, vous pouvez… » C’est ainsi, dans sa relation des faits les plus graves, dans ses écarts hors des limites de l’humanité, que Michel Fourniret révèle ce qu’il peut être. Le «  Michel noir », comme disait son frère. « C’est un maelström de sentiments qui se produit alors. On voudrait se réveiller, se dire “où est-ce que je suis ?”… C’est un état second, il me faudrait du recul pour l’analyser… »

PHOTO AFP
À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES PAR ÉRIC DUSSART
 


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