La Voix du Nord - Edition du samedi 17 mai 2008


JUSTICE
Et Michel Fourniret est redevenu muet…

 Le boycott symbolique du procès par les familles des victimes n’y aura rien changé. Fourniret, en pervers narcissique, s’est tu.

Fourniret est retourné dans son mutisme. Pour de bon, cette fois ; c’est en tout cas ce que pensent ses avocats, qui ne savent plus par quel bout le prendre. C’est désormais aux experts de parler de lui, puis viendra le tour des avocats. Le réquisitoire est prévu jeudi prochain, le verdict le 29  mai. Ce procès sera douloureux jusqu’au bout.

À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES PAR ÉRIC DUSSART
edussart@lavoixdunord.fr
PHOTO AFP


De tous les parents de victimes, ceux d’Élisabeth Brichet avaient sans doute le plus de questions à poser encore à Michel Fourniret. Pendant quinze ans, Marie-Noëlle Brouzet, la maman, a remué ciel et terre pour comprendre ce qu’était devenue sa fille. Des affichettes, des émissions télévisées, un site Internet… Mais rien. Au beau milieu de son calvaire, en 1996, elle a cru que sa fille figurait au nombre des victimes de Marc Dutroux. Mais toujours rien.
Il a fallu que Monique Olivier avoue, que Michel Fourniret confirme, pour que le corps d’Élisabeth soit retrouvé, un jour de 2004, dans le parc du château du couple, au Sautou, dans les Ardennes, à deux pas de celui de Jeanne-Marie Desramault. Fourniret avait enlevé et tué celle-ci en mars 1989, puis Élisabeth Brichet en décembre de la même année. Ses troisième et quatrième victimes ; celles dont il devait raconter les histoires hier matin.

« Tu veux laquelle ? »
Pour Jeanne-Marie, c’est Didier Seban qui s’est avancé. Les relations entre les deux hommes sont électriques depuis l’arrestation de Fourniret. Lors des auditions, des reconstitutions, et plus encore depuis le début du procès, l’avocat interpelle l’accusé sur un ton qui ne lui convient pas.
On apprend tout de même comment est morte la jeune béthunoise : « Jeanne-Marie est décédée par étranglement. Elle est morte de mes mains, elle n’a été victime d’aucune action de Monique dont j’ai été témoin ». C’est vrai que Monique Olivier est accusée d’avoir étouffé la jeune fille avec un bâillon, pendant que Fourniret l’étranglait. C’est la thèse de l’accusation, mais Fourniret dédouane sa « bonne femme  », contre laquelle il répète à l’envi qu’il a aujourd’hui « une molaire ».
D’ailleurs, quand on y pense, il ne la dédouane que pour mieux la poignarder, à d’autres moments. Le voilà, sans qu’on lui demande, qui raconte un voyage à Bruxelles lors duquel ils auraient croisé un groupe de jeunes filles : « Monique est descendue de la voiture et, se dirigeant vers les gamines, elle m’a dit : “Tu veux laquelle ?”… » Mollement posée sur sa chaise, à l’autre bout du box, elle secoue la tête.
Quand il raconte ses difficultés à abuser de jeunes filles dont il avait fait la connaissance, qui sont devenues « un être humain  », et non plus « une proie innocente, à cent mètres », il conclut par un souvenir : « Un jour, Monique m’a donné un conseil. Elle m’a dit : “Tu ne devrais pas leur parler”… » Nouvelle molle secousse.
On ne saura jamais qui dit vrai. Excédé par les questions de Didier Seban, Fourniret a craqué : « Petit avocat de merde ! » Seban a laissé glisser, mais l’avocat général n’a pas vu venir le coup. Il a fait la remarque de trop, Fourniret s’est refermé : « Je reprends ma parole, terminé ».
Juste au moment où Marie-Noëlle Brouzet allait savoir comment est morte sa fille. Fourniret n’a pas prêté attention aux suppliques des familles.   

 

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