La Voix du Nord - Edition du vendredi 23 mai 2008

JUSTICE
La perpétuité requise pour les époux Fourniret « dans les ténèbres du mal »

 Dans un réquisitoire sévère, Francis Nachbar a demandé une peine de sûreté incompressible pour Fourniret. PHOTO AFP

Francis Nachbar a requis pendant près de sept heures. Sans surprise, il a demandé à la cour d’assises des Ardennes de prononcer des peines de réclusion criminelle à perpétuité, sans la moindre restriction. Lundi débutent les plaidoiries de la défense. Le verdict devrait être rendu jeudi prochain.

PAR ÉRIC DUSSART
edussart@lavoixdunord.fr PHOTO AFP


Depuis qu’il avait pris la parole, qu’il avait froidement donné les détails de ses crimes et attribué à Monique Olivier des initiatives et des attitudes précises, Michel Fourniret avait libéré la salle d’audience toute entière. C’est un peu comme s’il avait justifié, presque encouragé la charge que l’on sentait poindre dans les interventions de l’avocat général. Francis Nachbar, qui connaît Fourniret depuis son arrestation, pour l’avoir rencontré de nombreuses fois lors de la procédure, avait une conviction solide, presque viscérale. En parlant, en se livrant, l’accusé validait les envolées parfois maladroites du magistrat, à l’audience, comme une rage trop longtemps contenue qui ne sortait qu’en pointillés. Et puis, Fourniret s’est tu, après une nouvelle intervention de Francis Nachbar. Il en avait assez dit. L’avocat général avait le champ libre.


« Clown grotesque, muse sanglante »

Il s’y est engouffré, hier, dans un interminable réquisitoire qui visait un couple prédateur, reléguant presque Michel Fourniret au second plan et qu’il assembla d’une formule cinglante : « Un clown grotesque et criminel et sa muse sanglante. » Toujours sans réaction, Monique Olivier l’entendit asséner : « C’est bien vous qui avez créé les conditions de l’explosion meurtrière, pour assouvir vos fantasmes les plus archaïques. » Revenant sur chacun des crimes commis entre 1987 et 2001, le procureur de la République de Charleville-Mézières a rappelé le rôle de l’épouse, qui s’est parfois aidée de son bébé pour convaincre les jeunes filles de la suivre, qui a assisté à certains des crimes de son époux, qui n’a jamais saisi les innombrables occasions de le dénoncer, et même de l’arrêter dans sa folie criminelle. Emporté dans l’émotion que lui inspire cette affaire, M. Nachbar n’a pas résisté à la violence des mots : « Nous sommes dans les ténèbres du mal (…) Après cinq ans, je n’en peux plus de ces horreurs. » Puis, comme un cri : « À gerber Fourniret ! À gerber Olivier. » Dans la salle, certains parents des victimes avaient évoqué, cette fois encore, le spectre de la peine capitale dont la France s’est libérée en 1981.
Francis Nachbar n’a pas esquivé le piège : « Notre force à nous, c’est que nous allons vous traiter comme des êtres humains. (…) Vous, les assassins d’êtres faibles et sans défense ; nous, nous ne tuons personne et cela nous donne une force d’âme que vous ne pourrez jamais soupçonner. » Avant de requérir la perpétuité « réelle », il a promis que les enquêtes se poursuivraient sur leurs possibles autres crimes et prié Monique Olivier de parler. • 

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