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La Voix du Nord - Edition du jeudi 29 novembre 2007


Hazebrouck cherche à comprendre

Dans le seul tribunal de grande instance de la région à faire les frais de la réforme de la carte judiciaire, avocats et magistrats s’interrogent

Depuis 1976, le tribunal d’Hazebrouck est une sorte de mythe, dans l’univers judiciaire, parce qu’un magistrat marseillais y avait été « promu  » pour avoir un peu trop fouillé le dossier sulfureux de compagnies pétrolières. Même s’il avait refusé cette mutation, Étienne Ceccaldi avait inventé malgré lui le verbe « hazebroucker »…

PAR ÉRIC DUSSART
reportages@lavoixdunord.fr

Jean-Pierre Roy, procureur en poste depuis deux ans et demi, sourit encore de l’anecdote. « Moi, je l’ai demandé, ce poste.  » Sa tignasse bouclée et sa barbe fournie laissent filtrer l’enthousiasme dont ses yeux emplissent ce bureau devenu emblématique.
Et plusieurs fois, lorsqu’il parle de son travail ici, il dit en écartant les mains : « J’aime bien ce que je fais ! » Apparemment, il n’est pas le seul. Dans cette bâtisse flamande encastrée au milieu d’une petite rue du centre-ville, l’annonce un peu brutale de la fermeture du tribunal de grande instance a fait l’effet d’un uppercut.
Depuis longtemps, tout le monde savait que le septième TGI sur les… sept du département, au classement de la population de son ressort, serait menacé en cas d’élection du candidat Sarkozy. Dans l’enthousiasme d’un meeting de fin de campagne, celui-ci n’était-il pas allé jusqu’à lancer l’idée d’« un TGI par département » ? Les choses s’engageaient mal.

Du social…
Aujourd’hui, elles paraissent entendues. À part le bâtonnier Wattez, plus que jamais décidé à se battre, on semble en avoir pris son parti, mais on cherche à comprendre.
Jean-Pierre Roy fait le modeste quand on lui rapporte que la bonne réputation de son tribunal court les audiences de toute la région : «  Vous savez, on dit beaucoup de bien des morts… » Mais il a cerné les atouts de sa juridiction et de son action. « On dit aujourd’hui, plus que jamais, que la justice doit être humaine. Ici, on fait parfois du social. » Sans en faire d’effet, il sort de sa manche un exemple récent : « Un jeune homme vient de comparaître en récidive pour un trafic de stupéfiants. Selon la nouvelle loi, il était passible d’une peine de deux ans. Pour ce trafic à deux balles ! En mettant sa décision en délibéré, le tribunal lui a laissé le temps de se reprendre en trouvant du travail, ce qu’il a fait. » Et c’est bien parce qu’on est à Hazebrouck, une toute petite juridiction en comparaison de bien d’autres, que c’est possible : « Je le connais, ce gamin ; je le croise régulièrement dans la rue. On sait qu’il est un cabossé de la vie… » On dit ici que le procureur connaît tout Hazebrouck et que tout Hazebrouck connaît son procureur. Et c’est sans doute la même chose pour le président et pour les autres magistrats.
Il faut dire que le compte en est vite fait. Le procureur n’a qu’un substitut, le président est épaulé par un vice-président qui fait également office de juge des libertés et de la détention, le juge d’instruction et le juge d’application des peines traitent aussi les affaires familiales et président à l’occasion les audiences à juge unique. Comme dit Jean-Pierre Roy, « La spécialité, ici, c’est qu’il n’y en a pas ! » Évidemment, tout le monde se côtoie dans les deux étages étroits qu’un escalier relie en direct. On pense alors à cette trop grande proximité entre le juge et le procureur de Boulogne, que la commission parlementaire d’Outreau avait regrettée. « Mais ce n’est pas le propre des petites juridictions  ! Vous croyez que dans les grandes structures, les magistrats ne se fréquentent pas ?…. » Et même si de son élégance bonhomme, il précise que ce n’est pas sa méthode, Jean-Pierre Roy confie, qu’il y a « parfois des sacrés coups de gueule, entre gens du siège et du parquet », à propos de certains dossiers. « Et c’est très bien comme ça ! » À deux pas du tribunal, Bertrand Wattez, bâtonnier de l’ordre des avocats d’Hazebrouck, réagit un peu plus brutalement à l’uppercut. « Oui, je suis toujours en colère ! » Ulcéré par le manque de concertation et de considération dont a fait preuve le ministère, il appuie lui aussi sur la proximité. « Pour la justice des mineurs, il faut déjà aller à Dunkerque. Ce matin, j’ai assisté un couple avec deux enfants, qui vit du RMI et qui a dû prendre le train, pour aller là-bas. C’est ça qu’on veut étendre ? »
Plus un placard
Et puis, tous ces dossiers de délits transférés à Dunkerque, c’est bien beau, mais… « Ils vont nous recevoir où, à Dunkerque  ? Il n’y a déjà plus un placard de libre ! » Bertrand Wattez est inarrêtable. On lui parle d’économies… « Quelles économies ? Ici, les locaux sont mis à disposition par le conseil général. Le loyer, c’est zéro ! » Cet après-midi, il sera de la manifestation nationale, devant le ministère. « Je crois que ce n’est pas foutu ! » Comme Jean-Pierre Roy, il dit que cette fermeture lui fait mal. Mais le procureur en conçoit même des questions plus troublantes : « On se demande si on a mal travaillé… » •   

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