La Voix du Nord - Edition du dimanche 20 avril 2008
Les caisses sont pleines de doléances
La chronique de Jean-Michel BRETONNIER
Le dernier refrain médiatique tourne autour du mot « couac ». Un ministre dit une chose, un autre son contraire. Une décision est prise, jusqu’au moment où une autre, contradictoire, lui est préférée.
On a quelque peine à démêler ce qui est décidé de ce qui ne l’est pas : le non-remboursement de certains médicaments (oui), la prise en charge par le malade d’une partie du prix des boîtes de médicaments (oui) et d’une partie de la consultation (oui), le non-remboursement des lunettes (?), la suppression de la carte famille nombreuse (oui puis non), la diminution du montant des allocations familiales versées par enfant (oui), le versement des allocations familiales sous conditions de ressources (non et non), etc.
On croit ou on feint de croire que cette cacophonie naît d’un manque de méthode et de discipline. Le chef de l’État menace même les ministres de la porte ! C’est un épisode qu’on a souvent connu : on met au compte de la communication ce qui relève de la stratégie. Les couacs ne disent pas grand-chose sur l’art de communiquer et beaucoup sur l’art de gouverner.
Les caisses sont vides et les cahiers de doléance pleins. Il faut donc trouver de l’argent et il est tentant de s’attaquer aux redistributions. L’économie est immédiate et facilement mesurable, double avantage. Mais la méthode compte aussi un inconvénient de taille puisqu’elle s’attaque au pouvoir d’achat des Français que Nicolas Sarkozy avait promis d’améliorer. On annule donc la mesure d’économie.
Le candidat Sarkozy voulait réformer la France et relever le niveau de vie des Français. Les deux promesses peuvent-elles être tenues en même temps ? Les coupes claires dans les dépenses, faciles techniquement à mettre en place et immédiatement rentables, rencontrent l’opposition des plus démunis. Les réformes de structure, qui ont l’avantage de ne pas puiser dans le porte-monnaie des Français, mettent longtemps à porter leurs fruits. Il faudrait donc les lancer sans attendre, mais elles se heurtent aux corporatismes puisqu’elles s’attaquent aux habitudes et aux avantages acquis.
Quelques exemples. La réforme de la fonction publique est possible et nécessaire : il faut la mettre en oeuvre malgré les réticences de certains fonctionnaires. Les mesures d’économies dans les dépenses de santé sont indispensables. Mais plutôt que de réduire le niveau des remboursements, mieux vaut donner toutes les chances de réussite aux propositions de modification de la politique hospitalière lancées par Gérard Larcher. Si l’on veut que les jeunes couples trouvent plus de crèches, plutôt que de prendre l’argent aux ménages un peu plus âgés en diminuant l’allocation des adolescents, mieux vaut, au moins momentanément, instaurer des conditions de ressources pour l’octroi de ces versements.
Le modèle de protection sociale français ne survivra que par la réforme. Contre les corporatismes. Et le pacte social ne subsistera que si la solidarité nationale entre riches et pauvres continue de jouer. Contre les privilèges.



