La Voix du Nord - Edition du dimanche 11 mai 2008


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Le trotskysme soluble dans la télévision

Au jeu des différences entre Michel Drucker et Olivier Besancenot, on gagne sans mérite. L’un est jeune, l’autre pas. L’un est postier, l’autre pas.
L’un est trotskyste, l’autre pas. Mais les deux sont télégéniques. Cet après-midi, ils donnent rendez-vous à la France entière.
Michel Drucker avait déjà pratiqué l’ouverture à l’extrême gauche en invitant Arlette Laguiller en 1998. La porte-parole de Lutte ouvrière avait su, un temps, porter sa parole au-delà du cercle étroit des militants. En troquant l’orthodoxe discours marxiste-léniniste contre un appel cent fois lancé aux travailleurs et travailleuses à se rejoindre dans les luttes, elle avait ratissé large : communistes déçus, trotskystes enthousiastes, mamies sous le charme. Geneviève de Fontenay votait pour elle en 2002.

La militante aux allures de petite soeur des pauvres, à la voix chevrotante d’indignation et de tristesse mêlées, laissa bien malgré elle la place à son contraire. Jeune porte-parole d’un vieux mouvement, plus proche de Joey Starr que de Pascal Sevran, du « Che » que de saint Vincent de Paul, Olivier Besancenot séduit des jeunes que leurs diplômes n’ont pas sauvés de la relégation sociale. Large sourire dans un visage poupin, mais la nuque raide et un regard que ne voile aucun doute. Le postier par accident, révolutionnaire par vocation, est sûr de lui et de la fin qu’il assigne à l’histoire. La révolution finira par advenir. C’est écrit.
Mais il faut l’aider un peu et la hâter si possible. Et dans ce but, tous les moyens sont bons, même s’il s’agit de se prêter au jeu émollient de la télévision dominicale. Même s’il faut s’asseoir dans ce grand canapé rouge où dort parfois le chien du maître de l’Audimat. Même s’il faut répondre aux questions amènes d’un Michel Drucker qui doit faire mourir de rire tous ses potes de la Ligue communiste révolutionnaire. Même s’il faut rompre un après-midi durant avec la posture moderne qui lui réussit si bien et déconcerter les « bobos ».
PHOTO KARINE DELMASOlivier Besancenot va, cet après-midi, utiliser les caméras pour se rapprocher d’un peuple qui ne l’entend habituellement pas, « aliéné » qu’il est par la télévision bourgeoise.
En invitant un jeune homme animé de telles intentions, Michel Drucker ne joue pas les compagnons de route du trotskysme, ni ne cède à la naïveté. Il sait que la télévision, ce monstre qu’il sert depuis quarante ans, finit toujours par dévorer ses enfants.
Le révolutionnaire ne subvertira pas la machine à produire des images et du son. C’est lui qui sera avalé, digéré, concassé par elle. L’étrange lucarne est évidemment la plus forte. Olivier Besancenot ne fera pas de cette émission une tribune. C’est cette émission qui fera de lui le héros de son divertissement hebdomadaire, avant de le jeter pour un autre.
Le naïf n’est pas Michel Drucker. C’est Olivier Besancenot. Ainsi quand on lui posera la question de la « révolution violente », il répondra  : « Pour moi, la révolution, ce n’est pas une flaque de sang à chaque coin de rue. » Malgré son charisme et sa popularité, Olivier Besancenot n’a pas le pouvoir de dire de quoi sera faite la révolution à laquelle il aspire. Elle sera forcément violente et sanglante et tragique, comme toutes les révolutions.  • 

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