La Voix du Nord - Edition du dimanche 18 mai 2008
Les godillots se rebiffent à l'Assemblée
Coup de tonnerre au Palais Bourbon mardi. Cet après-midi-là, était soumis au vote l’article 1er
L’insupportable incartade était prestement corrigée. Le Premier ministre mettait en oeuvre une procédure pour faire passer au plus vite la loi pendant qu’une opposition ravie dénonçait un nouveau et royal couac dans le camp d’en face. Bref l’ordre institutionnel était rétabli : le gouvernement décide, l’Assemblée exécute. On parla d’incident de parcours : les députés s’étaient perdus dans le maquis parlementaire.
En réalité, le mal est plus profond. Ces organismes génétiquement modifiés ne sont toujours pas digérés par tous les estomacs, de droite ou de gauche. Ce sujet, scientifiquement, politiquement et philosophiquement complexe, sollicite la conscience individuelle des législateurs. Le faux pas n’était pas technique, mais bien politique. Des députés ont, pour une fois, placé leur sentiment profond avant la discipline de vote.
À la demande du président de la République, une commission a travaillé – et bien travaillé – à une modification de la Constitution dans le sens d’une démocratisation. La réforme devra être approuvée par les trois cinquièmes des députés et sénateurs réunis en congrès à Versailles avant l’été.
Au-delà des intérêts tactiques et des consignes de vote, ce rendez-vous avec la Constitution sera aussi un rendez-vous des députés avec eux-mêmes. Dans un monde complexe qui change à toute vitesse, dans une démocratie qui souffre de l’éloignement croissant entre gouvernés et gouvernants, il est temps que les élus de la Nation jouent pleinement leur rôle et prennent toutes leurs responsabilités.
Les institutions de la Ve
Pour autant, la loi suprême n’exige pas des députés qu’ils abdiquent la légitimité qu’ils tiennent du peuple, qu’ils renoncent à légiférer en toute indépendance d’esprit sur les grands sujets, qu’ils se transforment en assistantes sociales aux dépens d’un travail législatif de fond, qu’ils mettent le petit doigt sur la couture du pantalon quand le Premier ministre et le président haussent le ton.
Ni godillots ni rebelles, mais sujets autonomes de la République.



