La Voix du Nord - Edition du mercredi 14 mai 2008
Rachida Dati en droite ligne
Bombardée icône de la diversité à sa nomination, l’ancienne porte-parole du candidat Sarkozy est entrée à la Chancellerie comme par effraction. Dans cet hôtel aux habitudes feutrées, elle est d’abord apparue un peu fragile et très souriante. Ça n’a pas duré.
Derrière une frêle apparence et des rires sonores, il a vite fallu composer avec sa fermeté. Décidée, fidèle aux promesses affichées du nouveau président, elle en a assumé tout de suite les volontés sécuritaires, quitte à passer en force.
Résultat : place Vendôme, elle a vite détroné Elisabeth Guigou, qui ne passait pas pour un modèle de chaleur humaine, et un mois et demi après son arrivée, Michel Dobkine, son directeur de cabinet, jetait l’éponge. Six autres collaborateurs démissionneront.
Mais la volonté de Rachida Dati était en marche. Dès le mois d’août, la loi sur la récidive entrait en vigueur, avec les fameuses peines-plancher comme étendard. L’abandon de l’excuse de minorité (qui ne concerne que les récidivistes de certains délits âgés de seize à dix-huit ans) passe aujourd’hui beaucoup plus inaperçu. Cette mesure cristallise l’un des principaux reproches qui la rapprochent aujourd’hui du président : « Beaucoup d’effets d’annonce pour peu de véritables réformes. » Autre grief qu’elle essuie avec un agacement croissant : la propension à décider sur le coup de l’émotion se concrétise avec l’annonce des centres de rétention de sûreté, en plein mois d’août, au moment de l’affaire du petit Enis. C’est Nicolas Sarkozy qui parle sur le perron de l’Élysée, Rachida Dati est en retrait.
En revanche, elle est en première ligne pour la réforme de la carte judiciaire, à laquelle elle s’attaque avec courage (et détermination) alors que tant d’autres gouvernements ont fait marche arrière. Mais, encore une fois, elle se met magistrats et avocats à dos, pour n’avoir pas suffisamment consulté.
Prochain chantier à défendre : la nouvelle loi pénitentiaire. Les syndicats sont déjà sur les dents.
E. D.




