La Voix du Nord - Edition du jeudi 15 mai 2008
Sarkozy, an I : l’éducation
Les enseignants manifestent aujourd’hui.
PAR CLAIRE LEFEBVRE
Endireplus@lavoixdunord.fr
PHOTO GUY DROLLET
À l’heure de la récré, la clameur qui envahit la cour de l’école primaire Pasteur ressemble à celle d’un QG de campagne un soir de victoire électorale. L’enthousiasme de la jeunesse en plus. « Moi, si j’étais présidente de la République, j’aiderais les enfants pauvres, affirme Fanny, en CM1. J’aurais voté pour Sarkozy, parce qu’il expliquait mieux que Ségolène ».
Un an après, la pédagogie du chef de l’État en est au stade de l’expérimentation dans les écoles. Comme à Pasteur, où 270 enfants grandissent sur les hauteurs de Wimereux. Une école au milieu d’immeubles HLM, au pied desquels poussent des maisons neuves de cadres sup’. « Les contenus sont imposés, les méthodes sont libres », résume André Chwalczynski, le directeur.
Par exemple, au printemps, on a mis en place le soutien pendant les vacances scolaires. Une manière de proposer aux enseignants volontaires des heures supplémentaires (quinze heures, payées 370 euros). Et d’éviter aux parents d’avoir recours aux cours particuliers payants. Problème : ce stage est destiné à six enfants maximum par classe. « Tous les parents étaient demandeurs ! Difficile de choisir entre les élèves vraiment en difficulté pour lesquels ce soutien ne suffira pas et les moyens, pour qui c’est utile », estime Patrick Laplace, l’instituteur des CM1, qui a mis à profit ces heures pour réviser « les quatre opérations et le présent de l’indicatif ».
« Pédagogie du perroquet »
L’expérience, qui devrait être reconduite cet été, préfigure aussi le soutien scolaire qui sera instauré à la rentrée prochaine, où les trois heures du samedi matin seront supprimées pour être dédiées au soutien des élèves en grande difficulté.
Aux instituteurs de déterminer à quel moment placer ce soutien. « Après six heures de cours, pas question de faire du bourrage de crâne pour faire passer la conjugaison ou les maths », précise Patrick. Des jeux ? Du sport ? « Ces heures permettent à l’élève de se sentir valorisé dans d’autres activités, sans le regard de toute la classe et à son rythme ». Il se souvient d’une fillette « éteinte en maths » dont le visage s’est illuminé « parce qu’elle a repris confiance ».
Il ajoute, après 23 ans passés à l’école primaire : « On fait un métier agréable ». « Oui, mais quelle responsabilité !», soupire son collègue de CP, Vincent Hars, frais émoulu de l’IUFM.
Il a rouvert à Pasteur la querelle de l’apprentissage de la lecture, entre méthode globale (« ba comme dans bateau ») et syllabique (« papepipopu »). Lui préfère la seconde, même si elle est décriée par les pédagogues dans la mouvance de Françoise Dolto. « Tant pis si je passe pour un réac’ ! », assume Vincent. « À travers la lecture, c’est un problème philosophique et politique : la globale, c’est l’héritage post-soixante-huitard », explique Patrick. Pas étonnant que la lecture cristallise les critiques de ceux qui dénoncent « la pédagogie du perroquet » : l’élève répète mécaniquement au lieu d’expérimenter par lui-même.
Un apprentissage par coeur que le chef de l’État demande aussi en instruction civique. Drapeau français, Marianne, mémoire de la Shoah,... Patrick, comme ses collègues, est surpris par les annonces présidentielles : « S’intégrer dans la société, respecter la différence, ça faisait déjà partie des programmes. Dernièrement, on a parlé de "réintroduire la chronologie dans l’Histoire en primaire" : comme si, jusque-là, on avait tout fait dans le désordre ! » Il n’a bien sûr jamais évoqué la Seconde Guerre mondiale avant la Préhistoire. Mais il s’agit désormais de mettre en avant la colonisation plutôt que les châteaux de la Loire...
Le président souhaite aussi rétablir les leçons de morale d’antan. « Par le biais de l’école, on touche tout le monde. Il faut en être conscient ... », affirme Patrick. Dans l’école de M. Chwalczynski, on n’a néanmoins pas attendu le chef de l’État pour que les élèves se lèvent quand un adulte entre dans la classe : « L’école est un lieu d’apprentissage, à resacraliser. Même si ce mot est un peu fort ! », sourit le directeur.
« Le problème, c’est qu’on est dans une politique qui veut toujours évaluer, regrette Patrick. Mais en fonction de quoi ? Des résultats, des sous, des attentes des parents ? » Parents qui sont aussi des électeurs...
Quant à l’évaluation des profs et leur rémunération au mérite évoquée par Nicolas Sarkozy : « Un instit est comme n’importe qui dans la société.
Mais les critères seraient-ils les mêmes que pour le contremaître sur son chantier ? », demande Patrick. L’école construit l’élève et le citoyen.
Mais leur avenir ne se bâtit pas toujours sur plan.



