La Voix du Nord - Edition du jeudi 15 mai 2008


LA POLÉMIQUE


Sarkozy, maître d’école ?

Le chef de l’État a demandé que l’histoire de l’esclavage soit « introduite dans les nouveaux programmes de l’école primaire dès la rentrée prochaine ». Cette annonce, faite le 10 mai dernier, date anniversaire de la loi Taubira de 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité, a une nouvelle fois jeté le trouble dans le monde enseignant. Car cette période figure déjà dans les programmes d’histoire de CM1 et CM2, depuis 2002. Annonce médiatique d’un président sensible aux revendications des militants associatifs (SOS Racisme a lancé un « Appel en faveur d’un enseignement effectif de la colonisation et de l’esclavage ») ? Ou nouveau coup politique d’une communication présidentielle soucieuse d’écrire une nouvelle page de l’Histoire ?
L’épisode rappelle en effet la lettre de Guy Môquet à lire aux lycéens ou la mémoire d’un enfant juif victime de la Shoah à confier à un élève de CM2. « Je considère qu’un Président de la République n’est jamais autant dans son rôle que lorsqu’il s’intéresse aux programmes scolaires », a affirmé, à plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy.

Faire lire aux lycéens la lettre écrite à sa famille par un jeune de 17 ans fusillé en 1941 était certes une décision consensuelle (Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste, n’avait pu que saluer l’initiative…). Le monde scolaire avait toutefois dénoncé cette missive sortie de son contexte historique (la Résistance et le communisme) comme une « instrumentalisation » de la mémoire, avant de lui prédire un oubli relatif pour la rentrée 2008.
Quant au projet présidentiel concernant le souvenir de la Shoah, visant à « dénoncer le racisme », il est en train de passer discrètement aux oubliettes. Il a d’abord été question de confier la mémoire d’un enfant juif exterminé à un seul élève de CM2, avant de la faire reposer plutôt sur les épaules d’une classe tout entière. « À la seconde, mon sang s’est glacé », avait condamné Simone Veil, ancienne ministre, déportée à Auschwitz à 16 ans et demi. À ce jour, aucune circulaire ou directive sur la Shoah ne sont encore parvenues aux enseignants. Des ratures sur un brouillon d’écolier ?
C. L.

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