La Voix du Nord - Edition du mardi 20 mai 2008

 

     Sarkozy, an I :   l’immigration

LE BILAN •   Un an après la prise de fonction (le 16 mai) du nouveau président, retour sur les promesses de campagne, les réformes entreprises, les lois votées

 > L’immigration a été l’un des thèmes clés de la campagne présidentielle de 2007.
 > Quotas, reconduites à la frontière, loi sur le regroupement familial... Depuis un an, le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale multiplie les mesures.
 > Prise de pouls à Lille, dans le quartier populaire de Wazemmes.

PAR CHRISTIAN CANIVEZ
Endireplus@lavoixdunord.fr
PHOTOS CHRISTOPHE LEFEBVRE ET AFP

« On ne parle que de foot ici, le reste, Sarkozy, tout ça... Non. On n’en parle pas. ça nous intéresse pas. » Le rasoir électrique en main, l’homme s’active sur la nuque d’un client. « Ici, on vient se détendre. En fait, on pense à autre chose. » Chez Cemaseri, coiffeur de la rue Racine, à Lille, les lois sur l’immigration, on fait tout pour les oublier. Pourtant, juste en face, à la sortie de la station de métro Wazemmes, « il y a des contrôles de papiers tous les jours ».
Sorti du salon de coiffure, les langues se délient. « Moi, je travaille ici, dans la rue. Quand je ferme boutique, le soir, il m’arrive d’être contrôlé sur le trajet pour aller chercher ma voiture. On me demande mes papiers devant tout le monde, on me fouille. Ça ne se faisait pas avant », lâche Mustapha. Le bonhomme, dont on a changé le prénom, est commerçant. Et voit défiler du monde chez lui. Beaucoup d’immigrés. Maghrébins et Africains pour la plupart. « On le sent, le stress a augmenté dans le quartier. Il y a de plus en plus de tension. Les gens ne se sentent pas bien. Le climat est devenu délétère. On a l’impression que les immigrés sont la cause de toute la misère. La misère, ils la vivent pourtant. La plupart ont du mal à trouver du travail. »
Stress et nostalgie
Un client de Mustapha entend la conversation, et intervient : « Les policiers sont là, à la sortie du métro, tous les jours, mais vraiment tous les jours ! Et quand on est arabe ou noir, on le voit, on est contrôlé. Les blancs, eux, on les laisse tranquilles. » Lui aussi a déjà été contrôlé. « Les policiers, on les comprend, ils font leur travail. Mais il y a quand même des dépassements. On a l’impression qu’on n’a plus confiance dans les immigrés. » Et quand on évoque devant Mustapha et sa clientèle les noms de Rachida Dati, Fadela Amara ou Rama Yadé, autant de ministres issus de l’immigration, la réaction est unanime : « C’est de l’image tout ça. Ça ne change rien. » Et de citer ce père de famille, – « Un Français de souche ! » –, qui attend depuis deux ans sa femme, une Sénégalaise, laquelle n’a toujours pas obtenu son visa.
Un bon client pour l’agence de communications internationales voisine, où, dans les cabines téléphoniques qui s’alignent, les commentaires vont bon train sur la difficulté, croissante, à vivre ici.
« En Belgique, où j’habite, le stress n’est pas aussi important, commente Ahmed, qui attend son tour pour appeler le Maroc.
On vit plus tranquillement. On n’y est pas contrôlé tout le temps et on n’a pas peur de se faire casser la tête.
» Mustapha, notre commerçant, en est convaincu : ils sont de plus en plus nombreux à avoir la nostalgie du pays.
« Le climat, depuis que Sarkozy est là, est difficile. Le pouvoir d’achat a aussi baissé pour tout le monde ! », glisse-t-il.
Reste que les conditions de vie en France continuent d’attirer.
Moussa, 19 ans, en sait quelque chose. Le jeune homme passe ses journées devant la boutique de Mustapha. Assis, là. Sur une bordure de béton. Devant le métro. À attendre. Il n’a que ça à faire pour l’instant.

Contrôlé tous les jours
Moussa a fait une demande d’asile politique en janvier. Il dispose d’une autorisation de séjour provisoire qui prendra fin en juin. « Je viens de Guinée. Je loge dans un foyer. Et je ne veux pas retourner dans mon pays. » Moussa nous dit être contrôlé deux à trois fois par jour... « Si je vais à la gare Lille-Flandres, les policiers me voient. Ils viennent. Me demandent mes papiers. Je leur montre. Ils me laissent. Jusqu’à la prochaine fois. C’est chaque fois pareil », raconte le jeune homme, serrant le seul objet qui compte dans son exil : une grande pochette à élastique contenant ses papiers.
Moussa regarde s’affairer un petit groupe de femmes chargées de valises qui s’apprêtent à partir en autocar pour le Maroc.
Un homme s’active à remplir la soute.
« Sarkozy, moi je dis que c’est un bon président, qui veut aller vite. Il exagère peut-être un peu sur le regroupement familial, mais il a promis des choses question sécurité. On attend qu’il tienne ses promesses, car justement, question sécurité, on attend toujours le changement. » Pendant ce temps, chez Cemaseri, le coiffeur, on discute aussi de transferts. Mais de ceux des équipes de foot régionales qui font la conversation. « Il faut bien vivre, non ? », lance un client. •
 

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