La Voix du Nord - Edition du jeudi 22 mai 2008
Une diplomatie de rupture... jusqu’où ?
Atlantisme assumé, soutien à Israël, rapprochement avec la Libye, distances prises avec la Russie et la Chine, fermeté avec l’Iran, ambitions euro-méditerranéennes... En un an, Nicolas Sarkozy a ébranlé les fondamentaux de la diplomatie hexagonale, parfois en contredisant ses promesses de campagne.
> Coups d’éclat libyens. La présidence de Nicolas Sarkozy démarre avec un coup d’éclat diplomatico-médiatique et la libération, quelques semaines après son élection, des infirmières bulgares détenues jusque-là en Libye. La Libye avec laquelle la France a décidé de se rapprocher, en témoigne en décembre dernier la visite officielle – et prometteuse économiquement – du très controversé colonel Kadhafi. Première rupture.
> États-Unis mon amour. La France serait-elle partie en guerre contre l’Irak si Nicolas Sarkozy avait été président cinq ans plus tôt ? Sans doute, si l’on en juge le rapprochement spectaculaire opéré cette année avec les États-Unis. Le discours « historique » de réconciliation devant le Congrès américain en novembre dernier en est l’illustration. Le retour de la France dans les instances de commandement de l’OTAN en est une autre. Nicolas Sarkozy a tenu sa promesse d’ouvrir « une nouvelle ère dans les relations transatlantiques ». Il est devenu un allié moins frondeur, moins « gaullien » si l’on peut dire, que ne le fut Jacques Chirac. Deuxième rupture.
> Guerre en Afghanistan, fermeté avec l’Iran. Conséquence directe de cet Atlantisme retrouvé, le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan. En la matière, le président n’est pas en phase avec les déclarations du candidat, qui estimait que la France n’avait pas « vocation à rester en Afghanistan ». Autre conséquence, la fermeté affichée à l’égard de l’Iran sur le dossier nucléaire.
> Entre anciennes et nouvelles amitiés. Nicolas Sarkozy, qui s’est déclaré « ami d’Israël » veut rompre avec des décennies de politique étrangère hexagonale qualifiée de pro-arabe. Cela ne l’a pas empêché de redessiner justement cette politique arabe, en se rapprochant fortement des pays du Golfe (accords culturels, économiques, de défense...). Les distances prises avec la Russie de Poutine mais surtout avec la Chine sur la question des Droits de l’homme (avec la menace d’un boycott du président lors de la cérémonie d’ouverture des JO) placent encore Nicolas Sarkozy dans la rupture.
> La Françafrique encore et toujours. Le candidat Sarkozy avait promis « d’en finir avec la Françafrique ». Dans ce domaine, pas de vraie rupture. Le soutien militaire apporté en début d’année au président Déby au Tchad en témoigne.
> Couac chez les FARC. Les tentatives ratées de libération d’Ingrid Betancourt, malgré l’implication personnelle du président, « prêt à faire le voyage », marque l’impuissance de la diplomatie française à opérer dans des pays sortant de sa sphère d’influence traditionnelle.
> Union méditerranéenne. Grande ambition diplomatique du président, le projet d’Union méditerranéenne. Controversé des deux côtés de la Méditerranée (les Arabes n’en veulent pas si Israël y est ; les Allemands boudent le projet), il n’est pas enterré pour autant. Nicolas Sarkozy a même annoncé son lancement le 13 juillet prochain à Paris. CHRISTIAN CANIVEZ