La Voix du Nord - Edition du mardi 13 mai 2008


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 Sarkozy, an I : le pouvoir d’achat

> Le pouvoir d’achat a été au coeur de la campagne de Nicolas Sarkozy, suscitant l’espoir de l’électorat populaire.
> Un an après sa visite dans une usine près de Valenciennes, nous sommes retournés, sur place, dresser le bilan des premières réformes.

PAR CHANTAL DAVID
Endireplus@lavoixdunord.fr

« Je suis le candidat de la France qui bosse dur. » C’était le 28 avril 2007, Nicolas Sarkozy en campagne venait chercher des voix ouvrières parmi les métallurgistes de la tuberie Vallourec-Mannesmann à Saint-Saulve. A l’époque, le slogan avait fait mouche. « C’est le seul candidat qui est venu nous voir », se souvient André, 52 ans, qui s’était précipité pour serrer la main du futur président. Cela lui avait valu une photo « taille poster » affichée dans l’entreprise et... plusieurs mois de railleries de la part de collègues de travail.

André a voté Sarkozy avec beaucoup d’espoir : « C’était le seul capable de faire bouger les choses. J’ai pourtant été longtemps à l’extrême-gauche tendance Krivine. J’ai voté Jospin. Là, peut-être que s’il y avait eu Strauss-Kahn... » Un an après, André se dit déçu mais veut encore y croire : « La conjoncture n’est pas bonne. Nicolas Sarkozy a eu des surprises. Il a quand même l’honnêteté de parler franc ». Et puis « La première année, c’était comme un jeune chien fou. Il a pas résisté au star system. » Le bouclier fiscal ? « Ça m’embête en tant qu’ouvrier mais c’est important que l’argent reste en France ».
La franchise médicale et le déremboursement des médicaments ? « Bien sûr que je regarde davantage pour aller chez le médecin ou acheter des médicaments. Mais faut être lucide, on doit en passer par là ».
Les réformes qui l’ont déçu ? « Ce qu’on entend sur les retraites avec la pression mise sur les seniors qui ne tient pas compte de la pénibilité du travail. »
L’activité commande
Mercredi 14 h à la sortie de l’usine. L’équipe du matin termine le premier poste. Les visages sont tirés. Ouvrier métallurgiste est un métier éprouvant.
Travailler plus pour gagner plus ? Pascal, 48 ans, est enthousiaste sur la défiscalisation des heures supplémentaires : « Cela augmente mon pouvoir d’achat. » André est plus mitigé : « Au final, c’est minime. Ça représente 3 à 4 E de plus par mois. » Serge, 55 ans et demi, balaie la question d’un geste fataliste, amenant le problème sur le terrain des salaires : « Après 38 ans de boîte, je gagne entre 1 100 et 1 200 E par mois ». Et puis, entend-on aussi : « Cela ne change rien lorsqu’on ne gagne pas assez pour être imposable. » Michel, 46 ans attend plutôt de racheter ses heures de RTT. Il en cumule 400 sur son « compteur personnel ».
Dans la métallurgie comme dans d’autres secteurs tel l’automobile, le temps de travail des ouvriers est réglé en fonction des temps creux et des pics d’activité. Les semaines peuvent atteindre 48 h. Elles s’étirent désormais jusqu’au samedi après- midi. Ce qui fait bondir les syndicats : « C’est un vrai retour en arrière. Et c’est l’employeur qui décide des heures supplémentaires », déplore Jean-Pierre Delanoy, délégué CGT métallurgie. « Les secteurs où on fait le plus d’heures supplémentaires sont des métiers pénibles. C’est là que l’on a aussi beaucoup d’accidents du travail », renchérit pour l’Union régionale CGT, Martine Debels. Bernard Sohet, pour FO, frappe fort : « Des heures supplémentaires sans charges, c’est comme si on légalisait le travail au noir. On ne peut cautionner cette mesure. » La CFDT est également opposée : cela renforce la précarité de l’emploi.
Chez Vallourec-Mannessmann, jusqu’à présent, l’exonération de charges pour les employeurs « n’est ni un frein, ni un accélérateur d’heures supplémentaires. C’est l’activité qui décide », explique Jérôme Gossellin, directeur des ressources humaines.
Jean-Pierre Guillon, président régional du Medef se dit « très favorable » au paquet fiscal « comme tout ce qui aide l’entreprenariat ». Si la mesure « n’a pas de corollaire direct avec l’emploi, plus d’activité signifie à terme plus d’embauche ».
Il regrette néanmoins la complexité du système. Ce que confirme M. Bazin, juriste à la CGPME, représentant des petites entreprises : « Au lancement, beaucoup de sociétés nous ont appelés pour savoir comment faire. » Les uns et les autres estiment qu’il est encore tôt pour juger des effets. Le Medef dispose néanmoins des chiffres du dernier trimestre 2007 : « Dans la région, sur 70 000 établissements déclarants, 27 000 ont eu recours aux heures supplémentaires exonérées de charges. Soit 1 % de plus que la moyenne nationale. » Pour M. Guillon, l’échange de temps contre du pouvoir d’achat « va dans le bons sens car il donne plus de souplesse aux entreprises pour être en conformité avec la conjoncture ». Maxime, ouvrier de 26 ans, a une autre perception de la conjoncture : « Le fossé s’est accru entre ce qu’on espère gagner et ce que la vie nous coûte. »  •
 

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