La Voix du Nord - Edition du mardi 1er avril 2008


ÉDITORIAL

Le malaise
PAR JEAN-MICHEL BRETONNIER

La parole s’est libérée et jouit sans entraves. Dans la rue, à la télévision, à la radio et sur le Net, dans les cours de récréation et les salles de classe, et parfois même dans la bouche de détenteurs de l’autorité, l'inflation ordurière est à l’oeuvre. On ne peut plus se battre, il faut que les mots blessent.

Comment les stades, dont la fonction est justement de permettre aux foules de s’exalter dans un affrontement pacifique, comme une métaphore de la guerre, échapperaient-ils à cette débauche ?

Ce ne sont pas les insultes racistes qui sont nouvelles sur le bord des terrains, mais le refus de ces excès. Ce serait une bonne nouvelle s’il se généralisait. Mais il s’exprime surtout là où les enjeux sont importants. Si cette banderole imbécile devient une affaire d’État, c’est qu’elle fut déployée au Stade de France devant des millions de téléspectateurs.


La région est-elle pour autant en danger ? Les Chtis que nous sommes se sentent-ils humiliés à ce point par ce chapelet de clichés récité par une horde d’abrutis qu'il faille en appeler au chef de l’État ? Ou bien n'est-ce pas plutôt le sport le plus populaire et le plus profitable du monde qui se sent menacé dans son existence même par la répétition de ces provocations haineuses ?

La bêtise ne pouvant être interdite par décret, bannissons les banderoles dans les stades. Ils deviendraient alors des havres de paix dans un monde de brutes. Mais on sait bien que rien ne serait résolu au fond. Cette violence verbale qui n’est ni parisienne, ni française, mais européenne, exprime un profond malaise social et de civilisation, et n’augure rien de bon.

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