La Voix du Nord - Edition du mardi 1 avril 2008


Une banderole qui est devenue affaire d’État

 Samedi soir, lors de la finale de la Coupe de la Ligue entre Lens et le PSG, des « supporteurs » parisiens ont offert à la vue du public une insulte à la région

Nicolas Sarkozy, ici dans les tribunes avec son fils Louis, serait le premier à avoir demandé le retrait de la banderole. PHOTO PHILIPE PAUCHET

« Pédophiles, chômeurs, consanguins. Bienvenue chez les Ch’tis ». La vague d’indignation suscitée par la banderole déployée au Stade de France par des supporteurs parisiens lors de la finale de la Coupe de la Ligue entre le PSG et Lens est devenue une affaire nationale. Questions sur un scandale.

PAR SANDRINE ARRESTIER
sports@lavoixdunord.fr
PHOTO « LE PARISIEN »

 >  Que s’est-il passé ?
Dans la foulée de l’égalisation d’Éric Carrière (52e), la nauséabonde banderole est déployée sur une trentaine de mètres au premier étage du virage Sud du Stade de France où étaient installés les supporteurs du PSG. Selon le rapport du délégué, elle serait restée en place quatre minutes, trois selon le parquet de Bobigny.

 >  Pourquoi n’y a-t-il pas eu de réactions dans le stade ?
Parce que tout le monde n’a pas vu cette banderole. Mal placés, tout à la joie lensoise, nombre de spectateurs (et téléspectateurs) ne l’ont appris qu’après le match. « Dans la corbeille (la tribune officielle), raconte Fernand Duchaussoy, président nordiste de la ligue amateur, j’étais derrière M. Delcourt, je ne l’ai pas vue et je n’ai pas vu Daniel Percheron et Dominique Dupilet réagir non plus. » Comme lui, nombre des trois cents journalistes accrédités ne l’ont appris que lors des interviews, Jean-Pierre Papin condamnant le premier l’injure.
Parmi ceux qui avaient vu, au-delà du dégoût, certains ont encaissé. « C’est assez habituel, explique Yannick, un responsable des Red Tigers, groupe d’ultras lensois. Ça fait mal mais ça fait aussi partie du “jeu” de se titiller. On a répondu par des chants.  »  

Comment a-t-elle pénétré ?
En morceaux ! À l’entrée du Stade de France, fouilles et palpations sont systématiques, y compris pour les enfants. Supporteurs lensois et parisiens s’accordent pourtant sur un mode d’emploi simple. Le message a passé les filtres enroulé par petits bouts sur les torses, échappant ainsi à la palpation. Des manoeuvres de diversion, courantes chez les plus excités, ont pu faciliter son entrée (des échauffourées ont eu lieu aux abords du stade) comme son installation (simulation d’un malaise ?). Se pose également la question d’une éventuelle complicité de stadiers habituellement employés par le club parisien.


 >  Avec qui ? – Le message recouvrait la bâche des « Boulogne Boys ». Au Parc des Princes, le « kop » de Boulogne compte les franges les plus haineuses de supporteurs parisiens. Dès dimanche, son porte-parole, Philippe Pereira, s’est « désolidarisé d’un fait isolé », condamnant les propos. Ce message serait l’oeuvre d’isolés, issus des « Boulogne Boys » mais aussi des indépendants (au sein desquels on range les hooligans). Leur action était toutefois forcément préméditée. Reste à savoir, aussi, qui protège depuis des années ces extrémistes.


 >  Qui a fait retirer la banderole ?
Nicolas Sarkozy, présent au Stade ? C’est ce qu’indique Guy Delcourt et que confirme un communiqué de l’Élysée : « Il m’a dit qu’il trouvait ça scandaleux et s’est adressé à Frédéric Thiriez (président de la Ligue de football professionnel, LFP) mais attendre dix minutes pour qu’elle soit retirée pose un vrai problème. » Les stadiers, pilotés par la sécurité du PSG, l’ont retirée.


 >  L’arbitre aurait-il dû interrompre le match ?
En cas d’injures racistes dans les tribunes, il en a le droit.
Mais, comme beaucoup, M. Duhamel n’a sans doute pas vu la banderole. Il n’a de plus été interpellé par personne, joueur ou officiel, ni même par le public.


 >  Comment l’émotion a-t-elle grandi ?
L’indignation a mûri dans la nuit, éclatant dimanche matin après la conférence de presse donnée à Bollaert par Gervais Martel. Radios, télés, sites Internet se sont emparés de l’affaire qui prit alors une dimension nationale.
L’émotion reste vive. Hier, le « 12 lensois » a annoncé un dépôt de plainte et lancé une pétition pour demander « réparation pour l’ensemble des personnes de la région ». Les Irréductibles, fans du BCM, ont même lancé un appel à tous les clubs de supporteurs de la région pour délivrer un message ce week-end. À Gravelines, le calicot indiquera : « Ferveur, convivialité, dignité : Bienvenue chez les Chtis.  »

 >  Quelles sanctions ?
Elles peuvent être de trois ordres : sportif, financier, pénal. La LFP, associée aux deux clubs, et la Fédération ont déposé plainte pour incitation à la haine et à la violence. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) s’est portée partie civile. Hier, le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour provocation à la haine. Les pseudo-supporteurs encourent un an de prison, 15 000 E d’amende et une interdiction de stade.
Sportivement, le PSG est dans la tourmente. Mais c’est la Ligue, et pas le club, qui organisait la finale. Sa responsabilité est également en question.
Ainsi que celle du consortium du Stade de France. La commission de discipline, qui instruira le dossier jeudi, pourrait s’inspirer de l’affaire Kébé, le joueur de Libourne victime d’insultes racistes à Bastia le 22 février, ou de l’affaire Ouaddou, le Valenciennois également insulté à Metz le 16  février. Elle peut décider un huis clos assorti d’un retrait de points en championnat.  •

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