La Voix du Nord - Edition du mercredi 2 avril 2008


Nicolas Sarkozy décidé à durcir les lois

Guy Delcourt, député-maire de Lens, Gervais Martel et Jean-Pierre Papin se sont exprimés à l’Assemblée nationale avant d’être reçus à l’Élysée

 Le salon Empire du Palais-Bourbon était bien exigu pour la conférence de presse donnée par Guy Delcourt, Me Levy, Gervais Martel et  Jean-Pierre Papin.

Le président de la République, indigné samedi soir au Stade de France, a bien perçu le message de la délégation lensoise qu’il a reçue hier midi à l’Élysée. Afin d’éradiquer les groupuscules incitant à la haine et au racisme, il entend alourdir les sanctions et durcir les lois.

PAR FRÉDÉRIC CAMUS
region@lavoixdunord.fr
PHOTO PATRICK DELECROIX


La population de la région est encore sonnée par le texte de la banderole parisienne (« La Voix » d’hier). Au nom de tous les Chtis meurtris et des passionnés de football « propre », Guy Delcourt, Gervais Martel, président du Racing, et Jean-Pierre Papin, l’entraîneur, ont trouvé les mots justes dans ce qui devient une affaire d’État.
D’abord à l’Assemblée nationale où le député-maire de Lens a lancé un pavé qui pourrait avoir des conséquences sportives : « Je maintiens mon souhait de voir la finale rejouée. Il suffit de s’appuyer sur le règlement de la FIFA, dont l’article 58. » Et il a raison : cet article dit que « si des spectateurs font preuve d’un comportement raciste de quelque façon que ce soit, le club se verra retirer trois points à la première infraction puis six points à la deuxième et sera condamné à la relégation à la troisième. Pour des matchs sans points (en Coupe), l’équipe identifiée sera disqualifiée. » Clair, sans ambages… Une brèche dans laquelle va s’engouffrer Me Marc-Antoine Levy, avocat de la ville de Lens, et qui risque de faire jurisprudence comme l’arrêt Bosman si la justice sportive va au bout de sa logique.

À la sortie de l’Élysée, où l’entretien avec Nicolas Sarkozy a duré quarante minutes, Gervais Martel s’est montré rasséréné : « Il faut utiliser cette banderole de la honte pour agir fermement. Le président de la République a admis qu’il fallait des sanctions fortes, comme ce fut le cas en Angleterre par le passé, pour redonner au football ses notions de fête, de sport et de plaisir. Il nous a dit que tout sera fait pour retrouver les auteurs et que les lois seront appliquées. » En parallèle, on apprenait que Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, venait de proposer la possible dissolution de clubs de supporteurs « ultras  » » comme les Boulogne Boys. Et que pour le match Paris - Strasbourg de ce soir, quatre-vingt-douze personnes seraient interdites de stade.
Sur le parvis du palais présidentiel, le secrétaire d’État aux Sports, Bernard Laporte, a relayé la volonté de Nicolas Sarkozy : «  Il faut absolument éradiquer ce phénomène. Un mois d’interdiction de stade, ce n’est pas suffisant ! L’ambiance de la finale a été ternie et l’image d’un club a été salie. Les supporteurs parisiens qui ont posé cette banderole doivent être punis pénalement et financièrement. On va être très durs dans les sanctions. »
« Taper fort ! » Très affecté par ce qu’il a vécu au Stade de France, Jean-Pierre Papin s’est montré catégorique : « Pour que le foot soit propre dans des stades propres, il faut taper très fort maintenant, sinon ça recommencera. En matière de comportement haineux, des gouttes ont fait déborder le vase, là c’est le verre de trop ! Rejouer la finale n’apportera rien. Tous les gens du Nord ont été insultés et il faut des sanctions. Dommage si ce sont les joueurs parisiens qui paient, mais il faut appliquer le règlement pour que l’on ne voie plus jamais cela dans notre pays. » L’entraîneur espère aussi que « l’union sacrée » rendra son équipe plus forte.
Les recours se multiplient depuis lundi. Guy Delcourt a déposé plainte au tribunal de Béthune pour « incitation à la haine et au racisme  » et auprès du parquet de Bobigny pour les mêmes motifs et afin de « définir les lacunes en matière de fouille et les éventuelles complicités au Stade de France. C’est inconcevable : ma femme a dû laisser un miniparapluie dehors et une banderole de 40 mètres a réussi à passer !
 » L’enquête avance. « C’est bien, mais il faut savoir que sur cinquante supporteurs parisiens interdits d’enceinte sportive, quarante-deux étaient au Stade de France samedi », a rappelé Me Levy. Et Gervais Martel d’ajouter : « Les Lensois sont sortis dignement et ils ont été victimes d’agressions qui ont conduit à quarante-neuf interpellations. » Nicolas Sarkozy a été visiblement choqué par la tournure des événements. Guy Delcourt confirme que « c’est bien lui qui a demandé d’enlever la banderole ». Lors de l’entretien, le chef de l’État a déclaré vouloir assister à un match à Bollaert. Le président du Racing lui a derechef proposé de rencontrer les jeunes du club au centre technique de La Gaillette.
Le député-maire de Lens, qui ne dort pas beaucoup, repart dès aijourd’hui au Palais-Bourbon avec son bâton de pèlerin. Lors de l’ouverture de la séance de l’après-midi, il posera une question interministérielle au sujet des moyens à mettre en oeuvre pour combattre ce genre d’acte odieux. « J’aurai deux minutes, pas plus ! » Et là, c’est François Fillon, Premier ministre, qui donnera la position du gouvernement. Avec un tel débat dans l’hémicycle, on est certes loin du football. Mais depuis bien longtemps, le sport le plus populaire du monde est devenu un phénomène de société. •

 

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