La Voix du Nord - Edition du mardi 6 mai 2008
Producteur, distributeur : qui gagne combien ?
C’est une première. Les quelques exemples livrés par Carrefour nous aident à mieux comprendre les mécanismes de l’achat des produits et les marges que se font les uns et les autres dans un contexte de hausse des prix pour le consommateur.
PAR YANNICK BOUCHER
economie@lavoixdunord.fr
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INFOGRAPHIE SÉBASTIEN ARNOLD
Qui mange donc la laine sur le dos de la ménagère ? Qui s’octroie la marge grasse des flambées d’étiquettes ? L’univers de la grande distribution est en plein big bang avec le projet de loi sur la modernisation de l’économie en faveur du retour à la vraie concurrence entre les enseignes et au passage, entre les grandes marques.
Comment les choses se passent-elles aujourd’hui ? Les conditions générales de vente ne sont toujours pas négociables, de même que les tarifs (les prix d’achats aux producteurs, souvent industriels de l’agroalimentaire de type Danone ou Nestlé). Aujourd’hui, Carrefour (comme les autres) ne peut négocier des tarifs imposés et la loi dit que les fournisseurs doivent déposer leurs conditions générales de vente avant le début des négociations qui ont lieu en octobre (pour s’achever en mars). Au final, le résultat net (bénéfice) d’un distributeur après impôt est en moyenne compris entre 2 à 3 % de son chiffre d’affaires. Après impôt, certains sites Carrefour sont ainsi dans le rouge au vu de leur résultat d’exploitation, la moyenne de l’enseigne étant à 2,5 % du chiffre d’affaires (contre 5 % pour Wal-Mart aux États-Unis ou Tesco en Grande-Bretagne, plus rentables).
Pour pallier la faiblesse des marges, le distributeur doit vendre beaucoup. Effet de volume. Outre la pression commerciale sur les fournisseurs, le modèle de développement des grandes surfaces s’appuie sur les délais de paiement. Un produit acheté aujourd’hui en rayon est payé au fournisseur-producteur entre 30 et 60 jours plus tard en général (l’État souhaitant imposer un maximum à 60 jours). « La moyenne chez Carrefour est de 53 jours à réception logistique en centrale d’achats », explique Jean-Pierre Audebourg, directeur d’exploitation pour le Nord-Ouest. Il y a 25 ans, on parlait en termes de 90 ou 100 jours. Une fois les produits réceptionnés en entrepôts, compter 15 jours, puis 25 pour l’arrivée en rayons, soit 40 jours à soustraire des 53 : aujourd’hui, 13 jours seulement génèrent des produits financiers au bénéfice de l’enseigne contre 40 il y a encore 20 ans… C’est un exemple, mais on comprend mieux la pression sur les marges. Et l’urgence de vendre davantage alors que la ménagère achète moins (lire ci-contre). Autres exemples. Carrefour est le deuxième distributeur de carburants en France derrière Total. Et gagne un centime d’euro par litre vendu. Et puis, pour vendre plus, vendons maison : les marques de distributeur ne sont pas soumises à des conditions générales de vente et les prix d’achats peuvent être révisés à tout moment en fonction des variations des marchés. Une manière, entre autres, de marger davantage quand les grandes marques organisent la flambée de leurs prix.










